Pointe de la Réchasse, col de la Vanoise
extrémité septentrionale du chaînon des glaciers de la Vanoise

La Pointe de la Réchasse, qui domine le col de la Vanoise du côté sud-est, constitue l'extrémité septentrionale du plateau des glaciers de la Vanoise.

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La Pointe de la Réchasse vus du nord, depuis le col de la Vanoise (abords du refuge Félix Faure)

La carapace de terrains sédimentaires calcaires qui recouvre le socle cristallin plonge doucement vers le col. En fait il ne s'agit pas d'une dalle monoclinale* mais d'un mille-feuille de plis isoclinaux* déversés vers le nord (vers la droite), dont les axes sont à peu près orientés E-W (plis dits "de phase 2", formés avant le ploiement de la voûte anticlinale du socle cristallin).

Le socle cristallin de la Vanoise méridionale n'y est pas visible car il disparaît là sous son enveloppe de terrains sédimentaires qui plonge en pente douce vers le nord, sous le col de la Vanoise. À l'est du sommet l'érosion y a pratiquement dénudé une dalle structurale de Malm qui forme le plateau de la Réchasse, où l'on ne trouve que de rares petits affleurements de marbres chloriteux du Crétacé supérieur. Plus au nord-ouest ces derniers affleurent de plus en plus largement, en bandes à flanc de versant. Cela résulte de ce que ces diverses couches sédimentaires sont affectées de plis couchés très aplatis, isoclinaux* qui font que les différents terrains s'y répètent comme des feuillets d'un mille-feuille.

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Le versant oriental de la Pointe de la Réchasse vus du sud-est, depuis la pointe de Lanserlia


Croquis de détail du versant oriental de la Pointe de la Réchasse (d'après un dessin de Broudoux, 1985, extrait de Debelmas et Desmons, 1997, p.127).

Le chapeau sommital constitue une véritable klippe, qui est séparée par des cargneules (K) du Malm et les marbres chloriteux (C) du plateau de la Réchasse (série de Vanoise occidentale typique). Il montre une succession qui en diffère et s'apparente plutôt à celle de la Grande Motte (mais avec un Lias fortement réduit) :
1. calcaires bréchiques noirs (Carnien ou Hettangien-Sinémurien inférieur),
2. calcaires noirs bien stratifiés (Lias ou Jurassique moyen),
3. lentilles métriques de quartzites gris bleu, avec quelques schistes charbonneux (Bathonien ou Callovien)


Du côté est, l'entaille de la vallée du torrent de la Leisse permet de voir que dans le socle de la Réchasse, les calcaires du Malm sont ici les premiers dépôts carbonatés et qu'ils reposent presque partout, en transgression directe, sur les quartzites triasiques. Ces derniers sont d'ailleurs impliqués dans un repli anticlinal et forment ainsi l'échine rocheuse saillante du Mollard de la Loza. Au delà une bande de Malm et de Crétacé supérieur s'engage sous la Pointe Matthews à flanc de la rive droite du torrent de la Leisse pour s'y terminer en un synclinal couché (voir clichés aux pages "Grande Casse" et "vallon de la Leisse")

Du côté nord-est le vallon des lacs et du ruisseau de la Vanoise est assez largement envahi de dépôt glaciaires. Toutefois il est clair que ceux-ci ne font que masquer des replis impliquant calcaires du Malm et marbres en plaquettes crétacés (ainsi que du flysch noir) comme sur le versant nord de la Réchasse. Il est troublant de voir que ces couches ne semblent pas du tout s'engager sous la Lias de la nappe de la Grande Motte qui affleure dans les basses pentes de la Grande Casse, comme le voudrait l'interprétation devenue classique (ce qui est traduit par le tracé d'une surface de chevauchement sur les cartes géologiques au 1/50.000°) mais qu'elles semblent, au contraire, se plaquer dessus en continuité stratigraphique ....


Remarques concernant la surface de charriage de la nappe de la Grande Motte aux abords du col de la Vanoise :

Sur tous les clichés on a indiqué par des tirets gras, avec la notation ØgM (parfois complétée par (?)), le tracé admis par les auteurs (et notamment par la carte géologique) pour la surface de chevauchement de la nappe de la Grande Motte. Mais il faut bien remarquer qu'il ne s'agit là que d'une interprétation, qui est fondamentalement basée sur la juxtaposition, en ce point, de deux séries stratigraphiques tellement dissemblables que l'on est naturellement porté à les supposer séparées l'une de l'autre par un contact tectonique.
Pourtant, aux abords du col de la Vanoise et jusqu'au nord du col de la Grande Casse cet accident reste très hypothétique car son tracé ne passe (sauf en un point) qu'à des endroits où il est invisible, supposé masqué par de la moraine, des éboulis ou par la glace. Par ailleurs, de part et d'autre des formations quaternaires sensées masquer ce tracé, il semble y avoir, au contraire, continuité entre les couches du Malm et du Crétacé supérieur appartenant à la nappe et celles de la série "autochtone" de la Vanoise méridionale. En effet les unes au nord et les autres au sud ont la même polarité à l'endroit, et plongent symétriquement sous le vallonnement du col comme pour s'y raccorder synclinalement (dans le bas vallon de la Leisse le raccord paraît se faire par l'intermédiaire d'un synclinal couché très pincé).
Le seul point où la surface de charriage est sensée être visible se situe au pied de l'éperon sud de la Pointe Matthews, au nord du Mollard de la Loza (voir cliché à la page "
Grande Casse"). Tous les auteurs, depuis F. Ellenberger, ont considéré que le paquet de dolomies triasiques qui affleure là était un copeau tectonique jalonnant le tracé du chevauchement. Mais il constitue en réalité une lame interstratifiée en accordance entre Lias et Malm, toutes les couches étant disposés avec la même polarité et le même pendage vers l'aval. Cette géométrie est incompatible avec le chevauchement supposé. Elle s'accorde par contre avec une interprétation selon laquelle cette lame de Trias serait un olistolite* : là encore le prétendu contact de chevauchement ne serait donc qu'un simple contact stratigraphique. Quant au Malm et au Crétacé supposés chevauchés, ils semblent bien s'engager, dans le vallon de la Leisse, en flanc inverse sous le Lias, avant d'y dessiner la charnière d'un synclinal couché très aplati .

En définitive il semble que la réalité du passage d'un grand accident chevauchant entre la série de la Grande motte et celle de la Réchasse n'est aucunement établie. En fait il paraît beaucoup plus facile de considérer que, c'est à la faveur d'un simple pli synclinal que l'on passe de l'une à l'autre des deux séries stratigraphique qui sont juxtaposées de part et d'autre du col de la Vanoise. A l'appui de cette manière de voir il faut ajouter qu'une situation analogue, avec une géométrie des couches évoquant partout un raccord synclinal entre les deux types de séries, s'observe également sur tout le versant nord du chaînon (voir la page "Grande Motte" et la page "Glières").
Le tracé de l'axe de ce synclinal du col de la Vanoise correspondrait donc à une ligne selon laquelle intervient le brutal changement de succession stratigraphique qui fait passer de l'une à l'autre des deux séries qui s'y juxtaposent. On est donc amené à penser que cette ligne correspond originellement à une paléofaille, cachetée au Jurassique supérieur, limitant le bloc soulevé de la Vanoise méridionale du côté oriental par rapport à un graben où se déposait la série de la Grande Motte. On notera accessoirement que ce contexte paléo-tectonique s'est accompagné de la dénudation, au Jurassique, du domaine de la Vanoise méridionale (jusqu'aux quartzites triasiques à l'emplacement de la Réchasse) : une telle érosion est très susceptible d'expliquer l'origine de l'olistolite de calcaires triasiques intercalé sous le Malm au pied de la Pointe Matthews.

On trouvera des éléments supplémentaires sur le contexte relatif à cette question à la page "tectonique de la Vanoise"), ainsi que les éléments appuyant une interprétation alternative : celle-ci consiste à voir là, non pas le chevauchement d'une unité flottante d'origine plus ou moins lointaine, mais la naissance progressive (sans discontinuité au niveau des couches jurassiques et crétacées) d'un énorme pli couché complexe constituant la nappe de la Grande Motte.


Sur le versant ouest de la montagne la surface du socle et les couches qui l'enveloppent dessinent enfin un anticlinal du Dard à large voûte très plate dont le flanc nord-ouest se confond avec le flanc sud-est du synclinorium de Pralognan. La charnière de ce pli, déjetée vers l'ouest, est entaillée par de typiques auges glaciaires dans les abrupts qui tombent du plateau glaciaire vers le vallon de l'Arcelin.


La retombée nord-ouest du plateau des glaciers de la Vanoise vue de l'ouest, depuis le Moriond
Les langues glaciaires qui s'échappent du glacier de l'Arcelin ont entaillé de belles auges (à fond plat et à rives abruptes) dans les calcaires qui enveloppent la retombée nord-occidentale du dôme de socle de Chasseforêt.
a.D = anticlinal du Dard


 



Carte géologique simplifiée des abords du col de la Vanoise

redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M.Gidon (1977), publication n° 074

 N.B. : On n'a pas indiqué (par le trait gras qu'appelleraient les conventions habituelles) la surface présumée du charriage de la nappe de la Grande Motte. En effet elle devrait théoriquement séparer les domaines où le Lias est absent de la série stratigraphique (au sud-ouest ici) de ceux où il est présent (au nord-est ici). Mais nulle part il ne semble possible de localiser, entre ces deux domaines, un accident tectonique qui corresponde à une surface de charriage avérée.


plus au nord ;
plus à l'ouest < cartes voisines > plus à l'est
plus au sud
Autre découpage de la même carte, par coupures moins agrandies et couvrant des secteurs plus larges


aperçu général sur la Vanoise
cartes géologiques au 1/50.000° à consulter : feuille Moûtiers

Bochor ; Volnets

crêtes des Glières

Grande Casse
Grand Marchet

LOCALITÉS VOISINES

Leisse

Dôme de Chasseforêt

Pelve

Rocheure
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