Grand Pic de Belledonne, Lac Blanc

montagnes du haut vallon de Saint-Mury

Le Grand Pic de Belledonne (2977 m) est à la fois le point culminant du massif et son sommet emblématique. Il est en réalité le plus important d'un groupe de trois sommets alignés, souvent désignés en bloc comme "les Trois Pics de Belledonne". C'est la face nord-ouest des Trois Pics, au pied de laquelle subsiste encore le petit culot de glace du glacier de Freydane, qui constitue le fond de tableau de la vallée de Saint-Mury.


La face nord-ouest des Trois Pics de Belledonne
De gauche à droite : Grand Pic, Pic central et Croix de Belledonne (vu de la rive ouest du Lac Blanc).
La crête et la paroi sont constituées par des amphibolites*. En contrebas, à partir du glacier de Freydane, la vallée et ses deux rives sont entaillées dans des gneiss leptynito-amphiboliques*, moins résistants car moins massifs.
En amont du cône de déjections récent qui se jette dans le lac le vallon de Freydane est barré par deux arcs morainiques récents, datant du "Petit âge glaciaire" ; l'état du glacier est celui en 1987.

Le vallon de Freydane, qui s'ouvre en aval du glacier actuel porte les traces très claires de son ancienne occupation par une langue ancienne du glacier de Freydane. Les moraines encore très fraîches qui y sont conservées (surtout la moraine latérale orientale) sont celles abandonnées par le retrait de ce glacier depuis le "Petit âge de glace" (1550 - 1820).

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Le Lac Blanc vu de l'est depuis le front morainique aval du vallon de Freydane.
Le verrou rocheux de la rive NE, coiffé de son enduit morainique, s'enfonce en rive NW sous l'éboulement descendu de la crête méridionale de la Grande Lance.
s1 = attitude des lits amphiboliques dans les gneiss bien lités ; f.pC = faille du Pic Couttet ; f.pL = faille de la Petite Lance

Ces moraines atteignent presque la dépression qu'occupe le Lac Blanc. Celle-ci est visiblement un ombilic de surcreusement* car les eaux du lac y sont retenues par un verrou rocheux qui affleure à sa rive nord. Celui-ci est en outre garni par une coiffe discontinue de matériel morainique, notamment à son point le plus bas, occupé par un groupe de laquets mais dépourvu de tout émissaire visible. Pourtant ce n'est que peu en contrebas, au flanc ouest du verrou, que se trouvent les sources du torrent du Vorz (qui draine la vallée de Saint-Mury). De plus celles-ci consistent en un alignement presque horizontal de trois puissants griffons qui sortent apparemment des rochers. En fait les deux les plus importants se situent à la limite supérieure des affleurements gneissiques, où ces derniers sont recouverts par des alluvions meubles. Ceci montre qu'ils sont certainement alimentés par des fuites des eaux du lac et que le trajet de celles-ci doit être guidées par d'anciennes gorges qui ont été noyées par la moraine et surtout par le puissant éboulement tombé, du côté occidental, depuis la Grande Lance.

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Les sources du Vorz vues de la Pointe de la Sitre.
Elles apparaissent au point bas d'encoches entaillées dans le rocher par le torrent avant d'être comblées par l'éboulement descendu des pentes de droite (de la Grande Lance).


On trouvera plus de précisions sur ce lac et des informations sur les anciens projets d'aménagements hydrauliques conçus dans les années 1920 à la page du 19 juin 2020 du Blog "ZAC dans les Bois"

Les Trois Pics de Belledonne sont de constitution identique entre eux car ils s'alignent sur une bande d'amphibolites* appartenant à la nappe de Chamrousse ; elle est interprétée comme le fond d'un synclinal pincé, d'axe N30, formé après le charriage, lors de l'édification de la chaîne hercynienne. On peut supposer que le reste de la séquence ophiolitique (gabbros et serpentinites) était présent au dessus des crêtes actuelles plus au coeur de ce synclinal.

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Les Pics de Belledonne, vus de l'ouest depuis le sommet de la Grande Lance de Domène (en tout premier plan dalles de grès houillers).
ØOph = surface de charriage de la nappe ophiolitique ; f.pL = faille du Pic Lamartine ; mcs = micaschistes du sommet des gneiss "autochtones" ; s1 = quelques dalles structurales de gneiss, mises à nu par l'érosion.

Mais il a dû être enlevé il y a fort longtemps, avant même la formation de la pénéplaine anté-triasique. En effet la partie inférieure du glacis qui permet d'accéder facilement à la Croix de Belledonne par le sud-ouest, appelée les Rochers Rouges, est une dalle structurale* formée par un panneau de schistes et grès houillers peu inclinés vers l'ouest. Ce chapeau houiller est très comparable à celui qui coiffe la Grande Lauzière, la Grande Lance de Domène ou la Roche Noire de Freydane. Tous témoignent de ce que, dans ce secteur, le houiller formait une chape presque plane et peu inclinée, donc à peine tectonisée : ses dépôts y avaient cacheté les structures d'une chaîne hercynienne qui avait déjà été arasée.

Mr Luc Thollet m'a signalé que l'on trouve, au sommet des Rochers Rouges, nombre de blocs plats dressés sur la tranche. Il s'agit peut-être là d'un phénomène périglaciaire, dont je ne connais pas l'explication, à moins que ce ne soient que des traces d'une activité humaine "décorative" ???) : on en trouvera un cliché à l'adresse http://www.bivouak.net/forum/viewtopic.php?t=7837&start=0&id_sport=2

Sur le versant ouest des Trois Pics de Belledonne ces amphibolites font place à des gneiss leptyno-amphiboliques qui affleurent très largement sur les pentes supérieures des deux rives du vallon de Freydane. Ils forment le Grand Replomb, le Rocher de l'Homme, le cirque et le verrou du Lac Blanc ainsi que la Grande Lance de Domène, en rive sud de ce vallon. Ces roches sont considérées comme l'autochtone relatif sur lequel s'est avancée la nappe des ophiolites (de Chamrousse).

Elles reposent en contrebas (Le Preynet, Rafiodur) sur des gneiss clairs, leptynitiques qui forment la base normale de cet épais ensemble de roches qui sont rapportées au Dévono-Dinantien.

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La rive droite du vallon supérieur de Saint-Mury (vallon de Freydane) vue de l'ouest, depuis la Pointe de la Sitre.
Noter la butte-témoin* de houiller de la Roche Noire, et le fait qu'elle repose sur le socle cristallin par une surface presque horizontale (soulignée de bleu) ; cette dernière est évidemment discordante* sur les bandes gneissiques et sur le contact avec les amphibolites du Grand Pic (contact souligné de vert).
On voit bien se superposer les gneiss leptyno-amphiboliques (dont les litages alternés clairs et sombres, ne sont pas visibles à pareille distance) sur les gneiss clairs riches en dérivés d'anciens plutons ; mcs = micaschistes à grenats du sommet de la succession "autochtone" leptyno-amphibolique ; f.pL = faille du Pic Lamartine.

Sur la crête faîtière au nord du Grand Pic, entre le col de la Balmette et le Rocher de l'Homme, les amphibolites sont par contre absentes. Au contraire on retrouve, à la Roche Noire, un chapeau de terrains houillers qui reposent à faible pendage sur le soubassement leptyno-amphibolique, comme à la Grande Lance de Domène et aux Rochers Rouges.

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La partie nord-orientale du cirque du Boulon (Freydanse), vue du sud-ouest, depuis le sommet de la Grande Lance de Domène.
mcs = lame de micaschistes mylonitiques intercalée entre les gneiss leptyno-amphiboliques et les amphibolites du Ferrouillet, sous la surface de contact anormal ØOph de l'ensemble ophiolitique charrié (au sud du col de Roche Noire cette dernière passe au pied du revers est de la crête et ne revient sur son versant ouest qu'au sud du Pic Lamartine ; hr = chapeaux de houiller coiffant la crête de Roche Noire.

L'absence d'un tel chapeau houiller sur la longueur de la crête correspondant aux Trois Pics signifie que la surface d'érosion fini-hercynienne y a été enlevée par l'érosion en dépit de leur plus forte altitude: cela montre que l'abrupt de la face ouest de ces sommets doit être déterminé par une faille subverticale passant à son pied.

De plus il s'avère de ces amphibolites sur la crête plus septentrionale Pic Lamartine est en fait due à ce que leur bande d'affleurements a été décalée dans le sens dextre, car on la retrouve en contrebas est de la crête : elle s'y poursuit vers le nord-est jusqu'à rejoindre la crête principale, dès le revers oriental du Rocher de l'Homme. Or cette cassure, que l'on peut désigner comme faille du Pic Lamartine., se place tout-à-fait dans le prolongement nord-oriental du pied des abrupts des trois Pics.

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La crête de Belledonne et les hautes pentes de la rive droite de l'Eau d'Olle vues du sud-est, depuis le lac Noir (au nord de l'Alpe d'Huez).
Les tirets verts correspondent à la surface ØOph de chevauchement de la nappe ophiolitique (amphibolites), qui repose sur les gneiss leptyno-amphiboliques : ces derniers apparaissent "en fenêtre*" au cœur d'un repli anticlinal qui affecte cette surface de chevauchement.
f.pL = faille du Pic Lamartine.

Partout sur ce versant oriental le chapeau des amphibolites, qui forme de nouveau la crête principale avec le sommet Colomb et la crête du Ferrouillet (voir la page "Ferrouillet") repose, en contrebas de la crête, sur des gneiss leptyno-amphiboliques, comme dans les pentes dominant le Lac de Belledonne. Ces roches affleurent donc sur les deux versants, conformément à l'interprétation qui leur fait représenter le soubasement "autochtone" de la nappe ophiolitique.

Par contre leurs affleurements se ferment vers le nord et les gneiss leptynitiques qui leur sont sous-jacents à l'ouest ne ré-apparaissent pas sur le versant est : ils y sont remplacés par une bande inférieure d'amphibolites qui se connecte, au Ferrouillet, avec la bande supérieure. Cette géométrie cartographique suggère que la surface de charriage est reployée là en un anticlinal plus ou moins couché vers l'est (voir les pages "Ferrouillet" et "Belledonne proprement dit").


Ouvrage à consulter : ALLIGNOL F., BERTRAND J.M., GASQUET D. et RAVANEL L. (2011). Un aperçu de la géologie et de la géomorphologie autour du refuge Jean-Collet, Massif de Belledonne. - Comité scientifique du Club Alpin français.

Page d'introduction à la géologie de la chaîne de Belledonne au sens large.
aperçu d'ensemble sur le massif de Belledonne


Cartes géologiques au 1/50.000° à consulter : feuilles Domène et Vizille


Carte géologique simplifiée des crêtes entourant les pics de Belledonne

redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M.Gidon (1977), publication n° 074
plus au nord ;
plus à l'ouest ; cartes voisines : plus à l'est
plus au sud



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