Le Percy, vallon d'Esparron

Le rebord subalpin sur la transversale du col de Menée

Les villages du Percy et du Monestier-du-Percy sont installés, au sud de Clelles, en contrebas de la corniche tithonique du rebord subalpin, au débouché du grand vallon d'Esparron, sur le glacis des terrasses rissiennes qui descendent doucement vers l'est en direction du cœur de la dépression du Trièves.

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Le village du Percy, vu du sud, depuis la D.252b au sud-ouest du Monestier en Percy.
Ce cliché montre la bordure occidentale du Trièves, armée par la corniche tithonique qui décrit d'importants rentrants du type "V topographiques"*, correspondant aux entailles qu'y ont pratiqué les torrents qui drainent les escarpements du revers oriental du Vercors.
En avant-plan des buttes de Terres Noires émergent du glacis alluvial formé par les terrasses rissiennes et le cônes de déjections qui les alimentaient en matériaux descendus du rebord subalpin (on ne voit pas ici de terrasses wurmiennes car elles sont encaissées en contebas, par exemple dans le fond de vallon du Rif Perron).



Le village du Percy et le Trièves, vus de l'ouest, depuis les abords nord du hameau des Blancs, 5 km au sud de la gare de Clelles sur la route N.75 (à droite : le village du Monêtier du Percy).
Ce cliché donne une vue d'enfilade de la surface du plateau alluvial rissien, recouvrant les Terres Noires, du cœur du Trièves : en arrière-plan il s'étend au pied du chaînon de l'Obiou (extrémité septentrionale du Dévoluy) jusqu'à Mens, au pied du Châtel, à gauche. Il en émerge, à droite, le cône du Ménil, qui est le plus septentrional des reliefs de la bordure méridionale du Trièves.


Du côté occidental les pentes plus escarpées qui les dominent, à peu près en amont du tracé de la N.75, sont celles des abords nord-orientaux du col de Menée. Du côté nord du vallon d'Esparron la crête inférieure du rebord subalpin, formée par la barre tithonique s'y termine par le sommet du Platary. Ce dernier montre un détail intéressant : il s'agit d'une faille de chevauchement dont l'importance est mineure mais qui attire l'attention par son sens de déversement "rétroverse" (vers l'est), analogue à celui des cassures des environs de Gresse.

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Détail des escarpements sud-orientaux du Sommet du Platary, vus depuis la N.75 à la hauteur du hameau d'Arthaud (au sud de Monestier de Percy).
Les demi-flèches mettent en évidence la vergence est (= "rétrodéversement") de la faille à rejet compressif (ØP = chevauchement du Platary) qui redouble brièvement la barre tithonique.


Au sud du sommet du Platary la cuesta tithonique est fortement échancrée par le débouché du vallon d'Esparron ; ce large vallon s'épanouit, en amont de cette barrière, en une multitude de ravins à fort couvert forestier. Ces derniers se développent au pied nord-oriental des escarpements du col de Menée, jusqu'au col, plus septentrional, du Prayet et affectent une organisation en éventail qui est à l'évidence celle d'un énorme entonnoir de réception torrentiel.

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Le vallon d'Esparron vu d'amont, du SW, depuis la crête occidentale du col de Menée.
f.E = faille d'Esparron (décrochement sénestre) : noter quelle se dédouble à deux reprises en délimitant ainsi deux navettes* à contenu d'Hauterivien-Barrémien ; a.E = anticlinal d'Esparron (son axe, orienté E-W, plonge vers l'ouest).


Les eaux qui se rassemblent dans cet entonnoir sont drainées par le torrent du Rif Perron qui débouche dans la dépression du Trièves entre le Percy et le Monestier du Percy. Le tracé SW-NE du cours de ce torrent est clairement dirigé par une cassure importante, la faille d'Esparron, qui court parallèlement à son tracé, à flanc des pentes de sa rive septentrionale.

Cette faille est jalonnée par deux navettes* constituées par de l'Hauterivien et du Barrémien basal : la position de celle de l'ermitage d'Esparron, intercalée entre deux lèvres de terrains plus anciens (Berriasien et Tithonique) indique qu'une ambiance de distension (peut-être par pull-apart* lors d'un coulissement sénestre ?) a dû présider au fonctionnement principal de cette faille.

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Le rebord subalpin de la bordure occidentale du Trièves au débouché du Rif Perron, vu d'avion du NE.
f.M = faille de Menée ; f.E = faille d'Esparron.
Dans la succession du Barrémien inférieur (Bai) de la crête de la Grande Leirie, qui domine le vallon d'Esparron, on a distingué les niveaux à alternances de marnes et calcaires (mc) et ceux de calcaires bioclastiques (bc).


En rive méridionale du Rif Perron on ne retrouve plus, dans le paysage, le tracé régulier de la corniche tithonique, qui, partout au nord du Percy, domine de sa muraille continue et presque rectiligne(voir cliché en haut de page) les glacis quaternaires du Trièves proprement dit.

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La crête nord du Mont Barral, vue du NE depuis la N.75 à la hauteur du hameau d'Arthaud (au sud de Monestier de Percy).
s.mB = synclinal du Mont Barral ; a.E = anticlinal d'Esparron (les axes de ces deux plis plongent vers l'arrière-plan droit, c'est-à-dire vers l'ouest, comme l'ensemble du rebord subalpin du Trièves occidental). Le Tithonique du flanc nord de cet anticlinal se redresse presque à la verticale en formant les ergots des Quatre Murailles, qui représentent eux mêmes le flanc sud d'un synclinal d'Esparron (voir cliché ci-après) ; f.M = faille de Menée.
Bab bc = Barrémien basal bioclastique ; Bai mc = Barrémien inférieur à alternances de marnes et de calcaires hémipélagiques.


Cela est dû au fait que les confins occidentaux du Trièves cessent, à cette latitude, d'être constitués par les plateaux du Vercors et y font place aux reliefs capricieux du Diois. Alors que, dans le premier de ces massifs, la présence de la dalle urgonienne a interdit la formation de plis (anté-sénoniens) d'axe est-ouest dans les couches sous-jacentes, au contraire, dans le second, de tels plis sont communément dessinés par le Tithonique, sans doute parce qu'il était dépourvu, dès l'origine, d'une chape rigide d'Urgonien.

La discontinuité de la corniche tithonique qui intervient à cette latitude est plus précisément due au plissement des couches du Jurassique supérieur et de la base du Crétacé par l'anticlinal d'Esparron . La voûte de ce pli que dessine le Tithonique est crevée au col du Bachat et dont la charnière ne se ferme qu'au fond des ravines du pied septentrional du col de Menée. Cette inclinaison d'axe en direction de l'est est dû au fait que l'on est là dans le flanc ouest de l'anticlinorium du Trièves, de sorte que les axes de ces plis anté-sénoniens ont été basculés vers l'ouest, avec toutes le couches du rebord subalpin d'ailleurs, par le plissement post-sénonien d'axe N-S.

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Les confins du Trièves et du Diois au sud du Percy et du col du Prayet, vus du nord depuis le sommet du Platary.
Plis N-S post-sénoniens (en rose): s.L = synclinal de Lus ; a.J = anticlinal du Jocou ; a.Tr = ondulations du flanc ouest du bombement anticlinal du Trièves.
Plis E-W (en vert pâle) : s.mB = synclinal du Mont Barral ; a.E = anticlinal d'Esparron ; s.E = synclinal d'Esparron (les axes de tous ces plis plongent vers la droite, c'est-à-dire vers l'ouest, comme l'ensemble du rebord subalpin du Trièves occidental, avec lequel ils ont été basculés dans ce sens par le plissement N-S post-sénonien).
f.M = faille (NE-SW) de Menée (soulèvement de la lèvre de droite, nord-occidentale) ; f.E = faille (NE-SW) d'Esparron (soulèvement de la lèvre de gauche, sud-orientale).


Par ailleurs cet anticlinal d'Esparron est tranché en oblique par la faille de Menée, d'orientation NE-SW, qui est donc parallèle à celle d'Esparron. Cette grande cassure, sub-verticale, semble avoir joué en décrochement mais la composante verticale de son rejet est plutôt un soulèvement de sa lèvre sud-orientale (c'est-à-dire inverse de celle de la faille d'Esparron).

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Le versant méridional du vallon d'Esparron, vu de l'ouest, depuis la crête de la Leirie (point coté 1651) à l'ouest du col de Menée.
a.E = anticlinal d'Esparron ; s.E = synclinal d'Esparron (les axes de tous ces plis plongent vers l'ouest, c'est-à-dire vers l'avant, sous les pieds de l'observateur).
f.M = faille NE-SW de Menée ; f.E = faille d'Esparron.
Bab bc = Barrémien basal bioclastique ; Bai mc = Barrémien inférieur à alternances de marnes et de calcaires hémipélagiques ; Bai c = Barrémien inférieur calcaire ; Bas mc = Barrémien supérieur à alternances de marnes et de calcaires.


Sur le revers sud de la crête Leirie - col de Menée (crête de partage des eaux entre Drac et Drôme) les deux failles d'Esparron et de Menée coupent le crêt émoussé formé par le Barrémien inférieur (voir les pages Belle Motte et Combau); mais elles n'y induisent qu'un faible décalage horizontal des contours stratigraphiques. Leur tracé s'accompagne surtout d'un abaissement d'un compartiment intercalaire (qui apparaît ainsi comme un graben atypique, puisque limité par des failles verticales).
D'autre part
les plis de la rive droite du vallon d'Esparron ne sont pas perceptibles dans les couches supérieures aux marnes valanginiennes de sa rive gauche, ce qui signifie qu'ils s'amortissent là vers le haut de la succession ; ceci n'est sans doute pas étranger au fait que l'on y observe d'importantes variations d'épaisseur, notamment en ce qui concerne l'Hauterivien (beaucoup plus mince au sud qu'au nord).

Il apparaît enfn que la bande de terrain qui correspond à ce compartiment intercalaire correspond sensiblement à la zone de transition entre le domaine du Vercors avec ses calcaires urgoniens et celui du Diois nord-oriental avec son épaisse succession barrémo-bédoulienne marno-calcaire hémipélagique (voir les pages Belle Motte, Combau et stratigraphie du Vercors).

 


cartes géologiques au 1/50.000° à consulter : feuille La Chapelle en Vercors


Carte géologique très simplifiée du rebord sud-oriental du Vercors
redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M.Gidon (1977), publication n° 074
légende des couleurs



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