Grande Casse
Les plus hautes crêtes de la Vanoise

La montagne de la Grande Casse, joyau et point culminant de la Vanoise proprement dite, se présente sous des aspects assez différents, tantôt élégante, tantôt hargneuse, selon celle de ses trois faces qu'elle offre au regard : nord (haut vallon des sources du Doron de Champagny), sud-est (versant de la Leisse) ou ouest (versant du Col de la Vanoise). Pour l'essentiel elle est constituée par une puissante et monotone succession de bancs de calcaires argileux du Lias "piémontais" considérés comme caractéristiques de la nappe de la Grande Motte.

image sensible au survol et au clic

La face nord de la Grande Casse vue depuis le col de la Croix des Frettes.
Cette face de la montagne, dont la partie rocheuse est haute de 800 à 900 m, est entièrement entaillée dans les calcaires argileux du Lias de la nappe de la Grande Motte. On en distingue le litage régulier, recoupé orthogonalement par les multiples ravines verticales qui strient la face. La charnière de pli couché qui est indiquée est justifiée par la présence de Malm, renversé sous le Lias, en pied de falaise (affleurements masqués par la pointe des Vés) et la divergence d'inclinaison des traces des strates.
ØgM = tracé supposé du chevauchement de la nappe de la Grande Motte (entièrement masqué, soit sous le glacier, soit derrière la crête de l'Épéna).
En premier plan affleurements à reliefs "lunaires" de gypses et de cargneules, avec entonnoirs de dissolution encore remplis de neige, appartenant à la nappe des gypses.

Cette succession de couches, qui semble presque monoclinale, surtout dans la face nord, est en fait ployée en un grand anticlinal couché (d'ailleurs non indiqué sur les cartes à 1/50.000°) que l'on devine en face nord et que l'on voit clairement se dessiner en face sud (vallon de la Leisse).

image sensible au survol et au clic

La face sud-est de la Grande Casse vue du sud depuis la Pointe de Lanserlia.
s.cV = synclinal du Col de La Vanoise ; a.gC = charnière anticlinale principale de La Grande Casse ; s.pM = repli synclinal de la pointe Mathews ; ØgM = surface de chevauchement du Lias de la Grande Motte.
Cette face de la montagne, haute de plus de 1500 m, permet d'apprécier l'énorme épaisseur des calcaires argileux du Lias de la Grande Motte (sur ce cliché on y a distingué une masse supérieure "Ls" plus riche en bancs calcaires et une masse inférieure "Li" plus argileuse. Ils y affleurent en série continue, simplement ondulée, sans aucun redoublement tectonique, dans toute la moitié supérieure de la face, soit sur plus de 700 m. La tranche inférieure des abrupts est en série renversée : les charnières du pli-couché correspondant à ce renversement sont discernables sans ambiguïté là où on les a indiquées sur le cliché.
La succession de la Grande Motte repose sur un autochtone relatif qui est visible dans le bas du cliché, où il est mis au jour par l'entaille du vallon de la Leisse. Il est formé par les terrains siliceux du socle de la Vanoise méridionale, que ne recouvre qu'une mince pellicule de terrains sédimentaires.

L'examen de l'extrémité occidentale de cette face sud (image ci-dessus) fait clairement apparaîre que les plis qui se dessinent de façon spectaculaire dans la face ouest de la montagne sont, en fait, de simples replis qui accidentent et compliquent, au niveau du Malm, la charnière de ce grand anticlinal. En effet ce dernier n'a plus, à ce niveau de la succession des couches, la forme d'un pli couché car les couches du Malm ne se renversent pas dans le bas du versant ; au contraire leur pendage s'atténue en ébauchant un mouvement synclinal avant qu'elles disparaîssent sous les éboulis des pentes nord-orientales du vallon du col de la Vanoise.

image sensible au survol et au clic

La Grande Casse (versant ouest), vue depuis la Saulire, à l'ouest de Courchevel : cette télé-photo corrige les déformations perspectives des vues trop rapprochées, notamment celles que l'on a depuis le chemin d'accès au col de la Vanoise (confronter au croquis ci-après).
a.gC = charnière principale de l'anticlinal de la Grande Casse (le pli est déversé vers l'observateur et son axe est presque perpendiculaire au regard).


Croquis interprétatif (vu du Grand Marchet) d'après F. Ellenberger (1958)
E = éocène (schistes de Pralognan) ; C = crétacé supérieur (marbres chloriteux) ; M = Jurassique supérieur (marbres du Malm).
Noter le bref tracé noté "Ø1" (= chevauchement de la nappe) à l'extrémité droite de la figure et les incertitudes que laisse l'auteur sud son prolongement vers la gauche (plusieurs tracés gras tiretés non justifiés ...).

Aux abords du col de la Vanoise le contraste est frappant entre l'épaisse succession de couches liasiques de la Grande Casse et celle très différente, puisque dépourvue de Lias et même, assez souvent, de Trias carbonaté de la couverture du socle de la Vanoise méridionale et septentrionale dont elle domine de toutes parts les affleurements. De ce fait il semble que cette montagne coustitue une puissante klippe* (épaisse de plus de 1000 m), posée, comme dans un berceau, au coeur du synclinorium de Pralognan - col de la Vanoise, conformément au dessin ci-après.

image sensible au survol et au clic

Le versant de Pralognan des pentes du col de la Vanoise vus du col de la Saulce (Petit Mont-Blanc) : interprétation "classique".
Ce cliché situe, par rapport aux autres ensembles qui l'environnent (Vanoise septentrionale et Vanoise méridionale) la position, au coeur du synclinorium de Pralognan, de l'ensemble rocheux interprété "classiquement" comme une klippe de la "nappe de La grande Motte.
ØGM = surface de charriage supposée de la nappe de la Grande Motte ; a.B = anticlinal du Bochor = flanc sud de l'anticlinal de Rossolin (voir page "Glières") ; a.D = anticlinal du Dard (retombée nord-ouest de l'anticlinal du socle de la Vanoise méridionale).
Replis du synclinorium de Pralognan : s.G = synclinal de la Glière ; a.M = anticlinal du Moriond (et de l'Aiguille de la Vanoise) ; s.A = synclinal de l'Arcellin.

Cette interprétation proposée en 1958 par F. Ellenberger paraît si évidente qu'elle a été acceptée depuis sans discussion, d'une façon très générale...

Pourtant elle n'est pas sans poser quelques sévères questions, notamment celles relatives au tracé de la surface de chevauchement de la nappe et à sa nature. En ce qui concerne plus précidément les pentes inférieures de la Grande Casse une analyse des données relatives à cette dernière question est abordé plus longuement à la page "col de la Vanoise" (et plus accessoirement à celles "Glières" et "vallon de la Leisse").

 

 

 

 


aperçu général sur la Vanoise

cartes géologiques au 1/50.000° à consulter : feuilles Moûtiers et Tignes


Carte géologique simplifiée des abords de la Grande Casse

redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M. Gidon (1977), publication n° 074

 N.B. La surface présumée du charriage de la nappe de la Grande Motte devrait théoriquement séparer les domaines où le Lias est absent de la série stratigraphique (au sud-ouest du col de la Vanoise) de ceux où il est présent (au nord-est du col de la Vanoise). Mais au nord-ouest du vallon de la Leisse il ne semble pas possible de localiser, entre ces deux domaines, un accident tectonique qui corresponde à une surface de charriage avérée (c'est par contre le cas plus au sud-est au "Rocher du col" = Pointe de Pierre Brune).


plus au nord ;
plus à l'ouest < cartes voisines > plus à l'est
plus au sud

Autre découpage de la même carte, par coupures moins agrandies et couvrant des secteurs plus larges

Grand Bec

Vallaisonnay

Pramecou
Pralognan

LOCALITÉS VOISINES

Grande Motte

Grand Marchet

Col de la Vanoise

Vallon de La Leisse
N.B. Les localités entre parenthèses appartiennent à une autre section du site et leur page s'ouvrira avec l'en-tête correspondant

accueil section Vanoise

début de la page

sommaire de GEOL_ALP

Aller à la page d'accueil du site
Dernières retouches apportées à cette page le 1/05/19