Massif du Haut Giffre au sens large (Sixt - Platé)

Aperçus géologiques
 stratigraphie Étapes de la déformation tectonique  la Nappe de Morcles en France 
 Structure d'ensemble

Le massif du Haut Giffre (également appelé "Haut Faucigny") doit son nom à la rivière qui le draine, dont le lit est d'altitude modeste (750 m à Sixt), ce qui crée de fortes dénivelées car ses crêtes culminent jusqu'aux environs de 3000 m (3095 au Buet, 3257 aux Dents du Midi). Il est limité du côté sud-occidental par la vallée de l'Arve, entre Passy et Sallanches à l'amont et Cluses à l'aval. Cette portion de la vallée est dénommée "Cluse de l'Arve" car elle coupe de façon presque orthogonale des structures qui se prolongent de l'autre côté dans le massif des Aravis.

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Vue d'ensemble du massif du Haut Giffre, prise d'un avion de ligne (altitude voisine de 8000 m), depuis l'aplomb de Megève.
La vallée du Giffre entaille profondément le massif en séparant le groupe montagneux de Platé, qui culmine au Grand Colonney, de celui entourant le Fer à Cheval, en amont de Sixt. Le Désert de Platé est caché par le nuage entre Assy et le Colonney
ØP = surface de chevauchement des nappes des Préalpes ; ØM = surface de chevauchement de la nappe de Morcles (limite entre le socle cristallin et sa couverture sédimentaire "helvétique")


À l'intérieur du massif du Haut Giffre l'entaille du Giffre et, en amont de Sixt, de son affluent le torrent des Fonds est assez profonde pour y séparer assez nettement deux groupes montagneux :

- celui de Platé, au sud-ouest, est assez peu disséqué par l'érosion. Ses reliefs nord-occidentaux sont sculptés dans les grès du Nummulitique, qui y cachent la carapace de calcaires urgoniens, enduits superficiellement de Sénonien et de calcaires nummulitiques. L'érosion a, au contraire, dégagé la surface de ces couches en vastes dalles dans sa partie méridionale, mais ne les entaille guère que sur les marges méridionales et occidentales du massif (cluse de l'Arve).

- celui de Sixt - Fer à Cheval, au nord-est, est beaucoup plus profondément entaillé, surtout dans sa partie située à l'est du cours supérieur du Giffre. Il est principalement formé d'alternances argilo-calcaires du Jurassique et du Crétacé inférieur, que l'érosion à plus capricieusement découpé en crêtes, ravines et longues falaises calcaires.

 Massif de Platé
- Particularités structurales -  

Massif de Sixt proprement dit



Structure d'ensemble du massif

Le Haut Giffre se rattache aux massifs subalpins et ses plis, qui prolongent vers le NE ceux des Bornes se poursuivent dans cette direction, en Suisse, par le domaine des nappes helvétiques, que coupe la vallée du Rhône en aval de Martigny.

Les terrains sédimentaires des crêtes orientales du Haut Giffre reposent sur le socle cristallin des Aiguilles Rouges avec accordance du pendage de ses couches avec celle de la surface de ce socle. Mais il est admis depuis de longues années que, contrairement aux apparences, il ne s'agit pas là d'un contact stratigraphique normal et que l'on observe là le prolongement méridional de la surface de charriage de la nappe de Morcles.

En effet la partie la plus basse de leur succession stratigraphique du Buet et de Platé est constituée par des schistes et calcaires argileux du Jurassique moyen ; or ceux-ci reposent presque directement sur les couches triasiques qui revètent la surface de la pénéplaine anté-triasique du socle des Aiguilles Rouge. À la place des couches liasiques argilo-calcaires connues généralement dans la couverture sédimentaire des massifs cristallins externes on observe seulement une lame pluri-décamétrique de calcaires massifs clairs qui coiffent les dolomies triasiques.

Or des datations effectuées sur cette lame calcaire ont conclu à un âge qui remonte soit au Jurassique supérieur (en Suisse, à Vieil Emosson) soit même au Crétacé supérieur (à Pormenaz). De plus on la suit de façon quasi continue sur tout le versant oriental du massif du Haut Giffre, jusqu'au NE des Dents du Midi où elle se raccorde à la succession réduite qui recouvre l'extrémité septentrionale du Massif des Aiguilles Rouges dans la coupe de la vallé du Rhône. On en a déduit donc que cette lame calcaire représente, à elle seule, la véritable couverture autochtone du massif des Aiguilles Rouges, très réduite par conséquent, et que la succession du Buet et de Platé, beaucoup plus épaisse et débutant par des couches plus anciennes, la recouvre par l'intermédiaire d'une surface de chevauchement.

Mais cette interprétation, tout-à-fait classique, débouche sur un certain nombre d'interrogations qui ne semblent pas avoir trouvé de réponse relativement à la manière dont se poursuit vers le sud la surface de charriage de la nappe de Morcles et à la paléogéographie du Jurassique entre la couverture des Aiguilles Rouges et celle des massifs cristallins plus méridionaux. Voir à ce sujet la page "nappe de Morcles"

La structure interne de ce massif est essentiellement gouvernée par un système de plis couchés (ou fortement déversés), combinés avec des failles de chevauchement presque parallèles aux couches. La géométrie de ce dispositif tectonique traduit au total un déplacement en cisaillement vers l'ouest de la pile de couches par rapport au socle cristallin du massif des Aiguilles Rouges, tangentiellement à l'interface socle-couverture. Sa formation est certainement liée au déplacement de la nappe de Morcles dont la surface de chevauchement peut être suivie, du nord vers le sud, jusqu'aux approches de la vallée de l'Arve, peu au dessus de la surface du socle cristallin.
Il s'avère, en outre, que le dispositif de chevauchements s'est superposé, en l'utilisant, à un système antérieur de failles extensives anté-Nummulitiques, qui sont encore reconnaissables malgré les effets de la déformation en cisaillement tangentiel et dont le rôle a été capital pour déterminer la géométrie finale du dispositif.

La coexistence, aux divers niveaux de l'édifice, de ces deux types d'accidents, cassures et plis souples de type semblable*, qui traduisent deux types très différents de comportement des roches devant les efforts tectoniques, pose question.
Cela suggère, à première vue, que ces deux types de structures se soient formés au cours de deux étapes distinctes (d'abord les plis, ensuite les failles).
En fait la formation des chevauchements est totalement compatible avec le plissement, car ce ne sont pas ces chevauchements qui ont produit la fracturation des niveaux calcaires (ils n'ont fait que décaler horizontalement les tronçons des failles anté-nummulitiques, préexistantes). Les surfaces de chevauchements correspondent à une concentration, sur un plan de glissement privilégié (dont la position est simplement déterminée par la présence de failles antérieures), du mouvement de cisaillement général de la couverture (ailleurs plus réparti sur toute sa hauteur). Ce cisaillement s'est fait dans une ambiance d'incompétence* de tous les niveaux, y compris les plus calcaires, ce qui permettait leur plissement par glissement-aplatissement.

Cet édifice structural est enfin affecté par des plis à grand rayon de courbure et à plan axial subvertical (anticlinal des Platières, synclinal de Platé, synclinal du Criou), dont les axes ont une direction très proche de celle des plis couchés ou déversés (cette direction tourne d'ailleurs, depuis N50°, au sud-ouest, jusqu'à N60°, au nord-est, conformément à la virgation générale des plis des Bornes).

Ces grandes ondulations sont, comme les plis de moindre taille, obliques à la voûte anticlinale du massif des Aiguilles Rouges (qui culmine à l'aiguille du Belvédère), ainsi qu'au synclinal de Serraval, dont les axes sont l'un comme l'autre orientés plutôt N40°. Ils ne se rattachent donc vraisemblablement pas, à l'inverse de ces derniers, à la phase P3, des ondulations tardives liées au soulèvement des massifs cristallins externes, mais plus probablement à la phase P2, des plis majeurs. Ils expriment une dysharmonie* de plissement qui traduit sans doute le fait que l'empilement des plis et des chevauchements aboutit, selon les points considérés de la transversale à ces plis, à un surépaississement plus ou moins important de la pile des couches (c'est-à-dire à la formation de ce que les anglophones appellent des "antiformal stacks").

Un excellent aperçu de cette structure est donné par la coupe naturelle de la Cluse de l'Arve, qui intéresse la partie sud-occidentale du massif (ou massif de Platé). Elle ne diffère que par des nuances de celle de la partie nord-orientale (ou massif de Sixt) où se prolongent les mêmes structures.

version plus grande de cette image

Coupe synthétique de la partie méridionale du massif de Sixt
Afin de bien montrer les thèmes majeurs de la structure cette coupe d'ensemble est allégée de nombreux détails. Elle est basée sur la coupe naturelle de la cluse de l'Arve, qui fournit la clé de toute la tectonique du massif.
Les différentes localités indiquées ne sont pas toutes situées sur ce transect, beaucoup se situant nettement plus au nord-est (leurs noms sont mis entre crochets), d'autres sur une transversale plus sud-occidentale (leurs noms sont mis entre parenthèses). La position qui leur a été attribuée correspond seulement à leur situation dans l'édifice tectonique.
Failles anté-nummulitiques
: f.B = faille de Balme ; f.M = faille de Magland ; f.G = faille de la Grangeat .
Surfaces de chevauchement majeures : ØP = surface de charriage des nappes des Préalpes ; ØMo = surface de charriage de la nappe de Morcles (nappe helvétique inférieure) ;
Surfaces de chevauchement à l'intérieur de la série stratigraphique subalpine : ØB = chevauchement de Balme ; ØMa = chevauchement de Magland ; ØVA = chevauchement de Vange - Areu ; ØCB = chevauchement de Croise Baulet ; P = chevauchement de la Pointe de Platé et d'Anterne.
Les noms des plis en forme de vastes ondulations qui affectent l'ensemble de ces structures sont indiqués dans le haut de la figure.
Les entailles naturelles de Sixt, au nord, et de Megève, au sud, mettent à jour une remontée du socle qui indique qu'une autre ondulation y accidente aussi l'interface socle - couverture (mais celle-ci est sans doute plutôt associée à la formation du synclinal de Serraval et de la demi-voûte des Aiguilles Rouges). Par ailleurs cette géométrie, dessinée ici comme une douce inflexion synforme, correspond peut-être, en fait, à l'escalier limitant un bloc secondaire, ce qui pourrait expliquer, entre autres, la remontée brutale du granite de La Motte (au sud-ouest de Megève).
Sur cette figure les plis couchés n'apparaissent pas d'une façon très claire car on voit surtout les surfaces de chevauchement qui les sectionnent. Le pli majeur serait celui du Buet, qui s'exprime au niveau du Tithonique par les replis de la cascade d'Arpenaz.


Il faut enfin préciser que les plis du Haut Giffre prolongent à l'évidence ceux des Bornes - Aravis, y compris pour les plus septentrionaux d'entre eux (anticlinal du Bargy, notamment). En ce qui concerne ces derniers toutefois, la continuité est moins évidente, car, entre Cluses et Samoëns, ils disparaissent sous les nappes préalpines. Ceci résulte de ce qu'ils y subissent un ensellement, en forme de synclinal transverse à l'axe des plis, que suit à peu près le cours de la vallée moyenne du Giffre.

C'est dans la cuvette déterminée par la rencontre entre cet ensellement et le grand synclinal de Serraval que se trouvent conservés, en klippe, les témoins des nappes d'origine interne qui constituent le massif du Chablais. L'entaille de la vallée du Giffre a détaché de ce massif la petite klippe de Morillon qui coiffe l'échine séparant le Giffre de l'Arve.

Un résumé du déroulement des événements tectoniques majeurs qui ont abouti à la structure actuelle est donné par le schéma ci-après :

 

Étapes successives de la déformation
dans les massifs subalpins septentrionaux (et plus précisément dans le Haut-Giffre) 

NB : dans chaque étape ne sont représentées (de façon d'ailleurs symbolique et très schématique), que les déformations qui la caractérisent (sans reproduire le dessin des déformations antérieures, auxquelles elle viennent se superposer).

4 - plis à très grand rayon de courbure associés à la surrection des blocs de socle cristallin.

3 - formation des plis majeurs, en liaison probable avec une poursuite du cisaillement de la pile de strates.
C'est probablement alors que, dans l'hémigraben de Chamonix (ouvert au Jurassique) se forment des plis serrés qui s'expulsent vers le haut et y sont cisaillés en plis-couchés.

2 - cisaillement de la pile de strates, parallèlement à l'interface socle - couverture : formation de chevauchements par déformation de failles anciennes

1 - Fracturation extensive au Crétacé supérieur et au début du Nummulitique.

figure agrandissable


Plus de détails sur l'organisation structurale

 Massif de Platé
 

 Massif de Sixt proprement dit

Carte géologique de l'ensemble Chablais - Sixt
Coupes du prolongement du massif du Haut-Giffre au nord de la vallée du Rhône (entre le Léman et Sion)
Données complémentaires sur la nappe de Morcles en France.
Carte structurale simplifiée des rapports entre plis des Bornes et du Haut Giffre
Principaux types de structures tectoniques
l'origine des déformations des chaînes subalpines septentrionales

Les massifs de Sixt et de Platé sont finement (et excellemment) décrits dans l'ouvrage suivant :
Itinéraires à travers paysages et roches du Mont-Blanc et du Haut-Faucigny, par Michel DELAMETTE / Éditions GAP, Collection Nature, 1993.

Parcours géographique du massif

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Dernières retouches apportées à cette page le 2/06/16