Mont Ruan, Pic de Tenneverge

la crête frontière franco-suisse à l'est des sources du Giffre

Le cirque du Bout du Monde (voir la page "Bout du Monde") se ferme du côté nord par des pentes plus ouvertes que les abrupts inférieurs qui enserrent ce fond du vallon des sources du Giffre. Du côté ouest ces pentes se raccordent à celles du versant oriental du ravin aval de la Vogealle (voir la page "Sageroux") et s'élèvent jusqu'à la frontière franco-suisse par un ample changement d'orientation qui se dessine entre le col de Sageroux et la Tête des Ottans. Ce dernier sommet est le départ d'une crête rocheuse qui se poursuit vers l'est jusqu'au sommet du Mont Ruan. Elle y rejoint le chaînon N-S de cette montagne qui s'abaisse depuis son sommet jusqu'à son extrémité méridionale au Pic du Tenneverge (voir la page "Fer à Cheval").
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Le chaînon du Mont Ruan (versant occidental), vu de l'ouest depuis la Pointe de Bellegarde. (cliché original obligeamment communiqué par M. M. Delamette).
Cr.i = Crétacé inférieur ; Jsc = Jurassique supérieur calcaire ; tn = Terres Noires (marquées par une surcharge bleue) ; Jm-i = Jurassique moyen et inférieur.
s.Rf = synclinal du refuge de Vogealle ; a.Vo = anticlinal de La Vogealle ; ØBc = chevauchement des Bécas ; a.O = anticlinal des Ottans ; fOw = faille occidentale des Ottans ; fOE = faille orientale des Ottans ; a.pR = anticlinal du Petit Ruan ; a.bM = anticlinal du Bout du Monde.
ØR = chevauchement du Grand Mont Ruan ; ØP = chevauchement du Prazon ; ØT = chevauchement du Tenneverge.
On n'a pas figuré les axes de plis car leur direction (N60) est sensiblement celle du Petit Mont Ruan (plus à gauche du cliché ils rentrent de plus en plus vers l'arrière droit, et plus à droite vers l'arrière gauche).

Aux abords de la Tête des Ottans la crête frontière bénéficie encore d'un relief plutôt mou car les calcaires tithoniques y sont encore recouverts par les terrains marneux du Berriasien ; mais on voit dans son soubassement que si les couches sont énergiquement plissées il s'agit encore là de plis de style presque concentrique*, de forme plutôt en genou (ne développant pas de flanc inverse).

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La crête des Ottans vue du SW depuis la Pointe de Bellegarde. (cliché original obligeamment communiqué par M. M. Delamette).
s.S = synclinal de Sageroux ; a.O = anticlinal des Ottans ; f.OW = faille occidentale des Ottans ; f.OE = faille orientale des Ottans.
Ces accident sont vus presque selon l'azimut des plans de failles et des plans axiaux des plis (ces derniers rentrent plutôt dans le versant en direction de l'arrière droit).
à l'arrière-plan : a.R = anticlinal de Rossétan ; s.hC = synclinal de la Haute Cime ; a.Su = anticlinal de Suzanfe (prolongement NE de celui du Tuet) : ces accidents ne prolongent pas ceux de l'avant-plan mais sont plus nord-occidentaux qu'eux (voir la page "Dents du Midi")


Entre le col des Ottans et le Mont Ruan les pentes du versant français sont sculptées en vigoureuses crêtes rocheuses secondaires qui tombent directement sur le Bout du Monde. En raison de l'orientation, à peu près NW-SE, de l'ensemble du versant elles montrent les plis en coupe presque transversale (donc avec leur forme véritable). C'est notamment le cas pour l'anticlinal de Saint-Hubert dont le cœur tithonique arme le fort éperon sud-ouest du Petit Mont Ruan.

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Les falaises des sources septentrionales du Giffre, vues de l'ouest, depuis les abords du lac de Vogealle.

a.sHs = repli supérieur de Saint-Hubert ; a.sH = anticlinal de Saint-Hubert ; s.O = synclinal des Ottans ; f.OE, f.Ow = failles orientale et occidentale des Ottans : on voit particulièrement la distorsion de la surface de cassure de cette dernière.

Les axes des plis sont obliques au regard (de l'ordre de 40°) et "rentrent" dans le versant de la droite vers la gauche

On observe en outre que ces couches sont décalées par des failles extensives : en effet elles coupent les strates presque perpendiculairement et déterminent un abaissement de leur lèvre orientale. On peut envisager qu'elles soient plus anciennes que le plissement (peut-être anté-nummulitiques) car leurs surfaces de cassure sont déformées par emboutissement des niveaux peu déformables (Tithonique) dans les niveaux qui le sont plus (Berriasien, Terres Noires) de la lèvre opposée (mais ceci peut également être l'effet de compressions plus tardives sur des failles postérieure aux plis).

Cette interprétation expliquerait aussi pourquoi les couches du Tithonique et du Berriasien sont froissées de façon particulièrement intense aux approches de la surface de cassure des Ottans : celle-ci devait en effet constituer un obstacle au glissement couche sur couche, processus très actif dans ces niveaux, comme en témoigne le type plutôt concentrique du reploiement des bancs tithoniques (voir l'article "ancrage").

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Détail du versant nord-occidental du Mont Ruan, vu de l'ouest depuis la Pointe de Bellegarde. (cliché original obligeamment communiqué par M. M. Delamette).
s.O = synclinal des Ottans ; a.sH = repli anticlinal de Saint-Hubert ; a.pR = anticlinal du Petit Ruan ; f.gR = faille extensive du Glacier du Ruan ; ØR = chevauchement du Ruan.

On voit se développer ainsi, jusque sous l'escarpement sommital du Mont Ruan, un empilement tectonique dû à un plissement foisonnant mais à assez grande longueur d'onde affectant le Tithonique lui même. Mais on peut constater en outre, grâce à la forte dénivelée de l'entaille des sources du Giffre, qu'il y a passage dysharmonique depuis les plis déversés, qui affectent la partie inférieure de la succession stratigraphique en fond de vallée, par l'intermédiaire des plis simplement déjetés dessinés par la barre tithonique à l'ouest du Bout du Monde (voir la page "Bout du Monde").

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Le versant occidental du Mont Ruan, vu du SW depuis la Pointe de Ressassat (crête orientale de la montagne du Criou). (cliché original obligeamment communiqué par M. M. Delamette).
s.O = synclinal des Ottans (s.Os = son repli supérieur) ; a.sH = repli anticlinal de Saint-Hubert ; a.pR = anticlinal du Petit Ruan ; f.gR = faille extensive du Glacier du Ruan ; ØR = chevauchement du Ruan ; ØP = chevauchement du Prazon.

Par contre ce sont des chevauchements plats qui se développent, toujours aux dépens de la barre tithonique, plus haut dans l'empilement structural, à partir du niveau du Ruan. Ce changement de style est dû à la fois à la différence de nature des roches (gros bancs calcaires du Tithonique, peu propices au plissement de courte longueur d'onde) et au passage à un "niveau tectonique"* inférieur auquel l'accroissement de pression et de température favorise un plissement par "glissement-aplatissement", spécialement pour les couches plus riches en marnes du Dogger.

Au sud du sommet du Ruan le niveau de la crête s'abaisse moins vite vers le sud que le pendage des couches et de leurs structures de sorte que l'on s'y élève encore en termes de niveau structural. Il en résulte que c'est ce style tectonique d'imbrications sans plissement qui prédomine (et ce jusqu'au brutal abaissement de cette crête au col du Tenneverge) : on observe donc sur les deux versants de la crête une répétition de la dalle des calcaires tithoniques, dont les falaises sont séparées par des vires plus ou moins étroites de couches berriasiennes.

C'est dans ces pentes des "Pâturages de Prazon" que Jacques BALMAT, chasseur de chamois, cristallier et premier ascensionniste du Mont-Blanc avec Michel-Gabriel Paccard, trouva la mort en 1834, à l'âge de 72 ans ...


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Détail des abrupts de Prazon, vus de l'ouest, depuis les pentes de La Vogealle (Pierre du Dard).
La barre des calcaires tithoniques se redouble plusieurs fois en un système d'imbrications qui sont dues à l'apparition de failles plates (peu obliques au couches), de chevauchement.
ØT = chevauchement du Tenneverge ; ØP = chevauchement du Prazon ; ØR = chevauchement du Grand Mont Ruan.

On y dénombre en définitive trois "écailles" empilées qui sont, de bas en haut, celle du Ruan, celle du Prazon et celle du Tenneverge.

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L'extrémité méridionale du chaînon Ruan-Tenneverge, vue de l'W-SW, depuis la Pointe de Ressassat (crête orientale de la montagne du Criou). (cliché original obligeamment communiqué par M. M. Delamette).
ØT = chevauchement du Tenneverge ; ØP = chevauchement du Prazon : observer ses deux crochons*, supérieur (point 2716) et inférieur (aplomb de la pointe des Rousses) ; ØR = chevauchement du Grand Mont Ruan (un court crochon inférieur est également présent.

Cet empilement d'écailles tectoniques cesse brutalement avec les abrupts méridionaux du Pic de Tenneverge, où le creusement du cirque du Fer à Cheval a atteint son soubassement de Jurassique moyen et inférieur. Ce dernier s'y révèle soumis assez rapidement, comme au Bout du Monde à un style plus souple, bien que non dénué de surfaces de chevauchement (voir la page "Fer à Cheval") ...

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Le chaînon du Mont Ruan, vu presque d'enfilade, du sud-ouest, depuis le vallon des Foges, à l'est du lac de Gers.
Ce cliché montre surtout les abrupts méridionaux du Pic de Tenneverge, qui surplombent le cirque du Fer à Cheval (le Plan des Lacs représente l'entrée occidentale de ce dernier, au niveau de la vallée du Giffre).
L'empilement de couches et les surfaces de chevauchement subissent la large inflexion générale qui correspond au grand synclinal du Criou.
Chevauchements : ØT = chevauchement du sommet du Tenneverge ; ØP = chevauchement du Prazon ; ØF = chevauchement de Finive (prolongement probable du précédent) ; ØR = chevauchement du Ruan.
Plis couchés majeurs : s.T = synclinal du vallon de Tenneverge (il apparaît comme le crochon* commun aux chevauchements du Prazon et de Finive) ; a.pR = anticlinal du Petit Ruan ; a.BM = anticlinal du Bout du Monde : il est vu à peu près selon son axe, qui, aux abords du Bout du Monde, est presque tangent au versant de rive gauche de la vallée mais qui est orthogonal aux falaises des deux cascades localisées sur cette vue.

Le revers oriental de la crête Tenneverge - Mont Ruan montre une disposition symétrique de celle de son versant occidental. On y retrouve, dans la partie supérieure du versant qui domine le Lac d'Emosson, les imbrications qui affectent les niveaux du Crétacé inférieur et du Jurassique supérieur à l'exception de la plus basse (chevauchement du Ruan).
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L'extrémité méridionale du versant oriental du chaînon du Ruan, vue de l'est depuis les pentes de Bel Oiseau. (cliché original obligeamment communiqué par M. Matthieu Petetin).
ØT = chevauchement du sommet du Tenneverge ; ØP = chevauchement du Prazon.
voir à la page Barberine le soubassement, de Jurassique moyen et inférieur, caché par la crête d'avant-plan.

Cette surface du chevauchement du Ruan ne se distingue que très au nord sous le sommet du Ruan lui-même : plus au sud, dès le pied oriental du Col du Ruan, on perd sa trace et elle s'y amortit d'abord par un simple redoublement Tithonique sur Tithonique (comme cela se passe dans le versant ouest à l'aplomb de la Tour de Rousses. sans doute dans les replis le plus élevés de ceux qui affectent le Jurassique moyen et inférieur).

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Le fond du vallon de Barberine, extrémité nord du lac d'Emosson inférieur, vu du promotoire 1951 de sa rive occidentale (en face de la cantine de Barberine) (cliché original obligeamment communiqué par M. Michel Delamette).
ØR = chevauchement du Ruan ; ØR = chevauchement du Prazon ; ØtS? = chevauchement de la Tour Sallière ? (cisaillement interne du Bajocien, semblant occasionner son redoublement) ; ØS = chevauchement de la couverture subalpine septentrionale.
"a." (anticlinal), "s." (synclinal) = replis de la base de la succession liasique, dont les axes NE-SW rentrent dans le versant de droite à gauche (le couple de droite est celui du cadre jaune du cliché d'ensemble du versant).
"M" = marbres clairs d'âge jurassique supérieur recouvrant les dolomies triasiques autochtones.
N.B. : le niveau des Terres Noires est stratigraphiquement mince (quelques dizaines de mètres seulement) ; de plus, dans le soubassement du Ruan, la perspective en contre-plongée réduit presque à rien la largeur apparente du replat qu'il détermine.


Plus au sud cette surface de chevauchement s'amortit très probablement (mais d'une façon difficile à préciser) dans les replis les plus élevés de ceux qui affectent le Jurassique moyen et inférieur de la partie inférieure du versant est de la crête Tanneverge - Ruan (voir la coupe ci-dessous). Ce problème structural est mieux analysé à la page "Barberine".

 

 


Coupe peu en aval du Bout du Monde : son tracé, orthogonal aux axes de plis, recoupe à peu près à 45° la vallée des sources du Giffre.
s.BM = synclinal du Bout-du-Monde (le Tithonique de son flanc inverse n'affleure, en France, qu'à l'est de la coupe, dans le fond du Bout-du-Monde) ; a.R = cœur de l'anticlinorium du Ruan ("nappe de Morcles") ; a.C = anticlinorium du Cheval Blanc ; a.B = anticlinorium du Buet
ØT = chevauchement du Tenneverge ; ØP = chevauchement du Prazon ; ØR = chevauchement du Ruan ; f.O = faille des Ottans.
N.B. L'épaisseur du niveau désigné par "tn" dépasse largement celle des Terres Noires proprement dites : en fait elle correspond à celle de l'ensemble Terres Noires - Argovien ; L'épaisseur du niveau "jm" est également exagérée, environ 3 fois, au détriment du niveau "L".



aperçu général sur le massif de Sixt  ;   coupes d'ensemble du massif


cartes géologiques au 1/50.000° à consulter : feuille Samoëns - Pas de Morgins
.
Carte géologique très simplifiée des montagnes frontalières au nord-est de Samoëns
redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M. Gidon (1977), publication n° 074.

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