Tour Sallière

l'extrémité nord-orientale du massif du Haut-Giffre

La Tour Sallière (sommet entièrement situé en territoire suisse) est un nœud d'arêtes, lesquelles séparent plusieurs bassins versants divergents. Sa crête occidentale sépare le vallon des Chaux (extrémité nord de celui de Barberine), au sud, de celui de Susanfe au nord en rejoignant le sommet du Grand Mont Ruan. Il se détache de son sommet vers le nord, une arête secondaire passant par le sommet du Dôme, qui sépare les vallons de Susanfe et de Salanfe. Sa crête orientale limite ce dernier en se poursuivant jusqu'au Luisin par le Col d'Emaney ; elle émet une branche méridionale, celle des Pointes d'Aboillon, séparant les vallons d'Emaney et des Chaux.


Les crêtes des environs de la Tour Sallière, vues du SE (vue pseudo aérienne d'après une image obtenue à l'aide du logiciel Apple "Plans").

A/ Du côté sud sa pyramide sommitale est formé d'abrupts tithoniques qui ferment l'extrémité septentrionale du vallon de Barberine. Ses couches ne sont séparées de celles datées du Bajocien supérieur, qui forment le ressaut de l'Épaule (point 3010), que par un bref talus attribué aux Terres Noires. La faible épaisseur des niveaux réellement marneux dans ces couches (qui n'affleurent guère qu'à la rupture de pente) et l'épaisseur au contraire plutôt forte des calcaires argoviens qui les recouvrent sont des variations stratigraphiques locales qui affectent tout le secteur du Mont Ruan.

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Le versant méridional de la Tour Sallière, vu d'aval depuis le vallon de Barberine (cliché original obligeamment communiqué par M. Michel Delamette).
Les couches bajociennes du socle de la pyramide sommitale, très faiblement pentées vers l'observateur, sont presque dégagées en une dalle structurale que fragmentent les ravins (ils n'en montrent néanmoins que leur partie supérieure).

En aval de l'Épaule le versant méridional de la montagne s'abaisse vers le lac de retenue d'Emosson par les pentes modérées du cirque des Chaux. Elles sont formées de calcaires sombres bajociens dont le pendage est globalement accordant avec la topographie. Elles sont entaillées de ravins, affluents du torrent des Fonds, qui montrent en outre qu'elles conservent une disposition à l'endroit jusqu'à la Tête des Chaux y compris. Mais cette disposition change plus en aval, peu avant le niveau des plus hautes eaux du lac, où elles se révèlent affectées de replis couchés d'ampleur hectométrique (voir la page "Barberine").

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Le fond du vallon de Barberine, extrémité nord du lac d'Emosson inférieur, vu du promotoire 1951 de sa rive occidentale (en face de la cantine de Barberine) (cliché original obligeamment communiqué par M. Michel Delamette).
ØR = chevauchement du Ruan ; ØR = chevauchement du Prazon ; ØS = chevauchement de la couverture subalpine septentrionale ("nappe de Morcles") .
On n'a représenté que deux des replis visibles au sein de la succession bajocienne (le couple inférieur est celui du cadre jaune du cliché d'ensemble du versant).
"M" = marbres clairs rapportés au Jurassique supérieur (Malm) : ils reposent sur les dolomies triasiques autochtones. l
Le niveau des Terres Noires est stratigraphiquement mince (quelques dizaines de mètres seulement) ; de plus, dans le soubassement du Ruan, la perspective en contre-plongée (plus forte que le pendage) réduit presque à rien la largeur apparente du replat qu'il détermine.
Détail de la succession des calcaires noirs bajociens : "Bjs" = corniche supérieure calcaire, "Bjm", niveau marneux supérieur, "Bji" = alternances marnes et calcaires inférieures.
(voir la suite du paysage vers la droite à la page "Tour Sallière")


B/ Du côté septentrional du sommet les abrupts sommitaux tombent au contraire directement du côté nord-est sur le vallon de Salanfe et son lac. Ils donnent une coupe naturelle, orientée W-E à gauche du sommet mais presque S-N à sa droite : globalement elle est donc plutôt orthogonale aux axes, SW-NE, des plis. Elle met très clairement en évidence une structure en plis couchés, déversés grossièrement vers le nord-ouest qui sont les replis, au niveau du Tithonique, d'un pli majeur à cœur de Bajocien, le grand anticlinal d'Aboillon.

Ce pli affecte le matériel de la nappe de Morcles et y représente le repli supérieur de l'anticlinorium du Ruan dont la charnière tithonique se ferme plus au NW dans les basses pentes du versant nord du Petit Mont Ruan. Son flanc normal est affecté de petits chevauchements mineur.

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La paroi rocheuse nord-orientale de la Tour Sallière, vue du NE depuis le barrage de retenue du Lac de Salanfe.
ØS = chevauchement subalpin ("de Morcles") ; a.A = anticlinal couché d'Aboillon (pli apparemment majeur) ; s.pR = repli synclinal couché du Petit Ruan ; a.pR = repli prolongeant l'anticlinal couché du Petit Ruan.
"M" = Malm autochtone (?) ; "Nfl" = flysch nummulitique.

La base des abrupts montre que la base (renversée) de ce dispositif plissé est constituée par le Nummulitique transgressif sur l'Urgonien au nord du cirque hébergeant le lac : il s'agit probablement d'un contact tectonique (celui du chevauchement subalpin), lequel constitue ici la surface basale de la nappe de Morcles. Son inclinaison vers le NW est paralléle à celle de l'interface socle cristallin - couverture sédimentaire du flanc occidental du bloc cristallin des Aiguilles Rouges, que l'on voit aussi plonger sous les eaux du lac.

C'est peu à l'est de son épaule orientale (c'est-à-dire au point coté 2975 ancien = 2969 nouveau) se détache vers le sud la puissante crête N-S des Pointes d'Aboillon, qui sépare le haut vallon d'Emaney de celui de Barberine dont les sommets sont sculptés dans les calcaires du Bajocien et appartiennent au cœur de l'anticlinal de ce nom. La crête principale, toujours W-E, se prolonge par le col d'Emaney puis par le petit sommet du Luisin.

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Les montagnes du fond du vallon de Barberine, vues du sud depuis l'Aiguille de Loriaz, par dessus la crête de l'Aiguille du Charmoz.
"Ti" = calcaires du Jurassique supérieur ; "td" = dolomies triasiques autochtones ; "N" = flysch nummulitique ; "spa" = grès de base du Trias.
ØR = chevauchement du Ruan ; a.A = anticlinal couché d'Aboillon ; ØS = surface de chevauchement de la couverture subalpine ("nappe de Morcles").
Dans les pentes de l'arête orientale de la Finive (Les Bletteys, page "Emosson") des données récentes (M. Delamette, inédit) suggèrent que le Jurassique supérieur sa partie inférieure constitue le prolongement des couches biseautées du revers oriental de la crête d'Aboillon.


Ce versant sud-oriental de la Tour Sallière, jusqu'aux abords du col de Barberine (voir la page "Aboillon"), se révèle comme un secteur crucial pour l'analyse des rapports entre les parties suisse et française de la Nappe de Morcles (voir la page "nappe de Morcles"), puisque c'est là que l'on voit le flanc inverse de cette nappe disparaître en faisant place au chevauchement de la série stratigraphique globalement à l'endroit des massifs subalpins septentrionaux.


 

aperçu général (avec coupes) sur le massif de Sixt 


cartes géologiques au 1/50.000° à consulter : feuille Samoëns - Pas de Morgins
et carte géologique suisse au 1/25.000°
.
Carte géologique très simplifiée des environs des Dents du Midi
redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M. Gidon (1977), publication n° 074.


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