Le vallon de Lanchâtra

revers nord-oriental du chaînon de la Muzelle

Le vallon de Lanchâtra rejoint celui du Vénéon par une vallée très encaissée, à section en U, bien typique du creusement glaciaire. On peut remarquer que son tracé a fait fi des influences structurales qui auraient pu le diriger, en lui faisant suivre la bande de schistes argileux que suit la vallée dans son cours N-S en amont de la cote 1600. Au lieu de cela, en aval de cette cote la vallée glaciaire s'est coudée vers le nord-est pour se forcer un passage au travers d'une forte barrière de roches cristallines, formée par l'épaulement de l'Aiguille et de la Coche de Lanchâtra (qui domine le Vénéon par des abrupts de plus de 1200 m).

Toutefois la vallée de Lanchâtra n'est pas vraiment suspendue car elle n'est séparée de celle du Vénéon que par une courte gorge de raccordement (franchie en cascades sous le hameau), ce que l'on peut mettre sur le compte de la puissance du glacier affluent qui la parcourait.

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Le vallon de Lanchâtra et le chaînon de la Muzelle vus du nord-est, depuis les Aiguilles Rouges de La Toura (au nord de Saint-Christophe-en-Oisans).
ØM = chevauchement "de la Muzelle" (du Pierroux et du Petit Roux) ; f.pB = paléofaille jurassique du Pied de Bary (et sa partie renversée vers le nord, sous le Petit Roux) ; f.c = faille de La Coche (faille secondaire limitant un bloc occidental, au sein du flanc ouest du bloc d'En Paris) ; f.cM = faille du col de La Muzelle (= faille d'Aspres-lès-Corps - Chambon).
gneiss L = gneiss de la Lavey" ordinaires ; gneiss Lo = gneiss "ocellaires", "du plan du Lac"


En amont de cette barrière, la partie moyenne du vallon de Lanchâtra s'est au contraire creusée en suivant l'axe d'une bande de schistes jurassiques. Celle-ci représente la branche orientale de l'hémigraben* du lac de La Muzelle, que partage en deux à cette latitude, le bloc cristallin intermédiaire de la crête du Pied de Bary, qui culmine au sud à la cime de la Muzelle et s'ennoie au nord, bien avant d'atteindre le Vénéon (2 kilomètres au sud de Bourg-d'Arud), sous le sédimentaire du remplissage de l'hémigraben.

 Cette situation n'est pas sans évoquer, avec une orientation inversée, celle du bloc secondaire de la Croix de Cassini, qui s'enfonce vers le sud sous sa couverture sédimentaire à la latitude de la gorge du Chambon. En effet ce bloc du Pied de Bary occupe une place similaire par rapport au bloc principal des Grandes Rousses (qui se prolonge, de fait, vers le le sud par celui de l'Aiguille de Vénosc). On peut donc se demander si ces blocs ne se prolongeaient pas originellement l'un l'autre, bien que ce soit du côté ouest (et non est) que le dernier est limité par une paléofaille jurassique : si tel était le cas, leur absence actuelle de continuité visible peut correspondre à un simple ensellement de la voûte de ces blocs sous leur couverture, à la latitude des Deux-Alpes, ou à une disjonction tectonique, par exemple du fait d'un étirement N-S résultant de l'écrasement est-ouest infligé par la tectonique compressive post-jurassique ...

Vers le sud cette bande sédimentaire se termine en cul de sac, bien avant d'atteindre les crêtes qui ferment le vallon, sur un verrou rocheux* que le thalweg franchit en gorge, à l'extrémité de la crête orientale du Petit Roux. La raison en est qu'elle bute là contre le chevauchement de la Muzelle et du Pierroux, dont le tracé est orienté est-ouest (il se poursuit vers l'est jusque dans le versant nord du chaînon de Lauranoure). Cet accident tranche la bande sédimentaire en rebroussant vers le nord son plancher de roches cristallines. L'interface cristallin - sédimentaire s'observe donc en position renversée, le long de cette barrière transversale à la vallée, en particulier au pied des abrupts septentrionaux du Petit Roux.



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Carte simplifiée du secteur Lanchâtra - Muzelle

Coupes transversales à la crête du Pied de Bary
Ces coupes (repérées en 4A, 4 B et 4C sur la carte) ne sont pas transversales au vallon de Lanchâtra mais orientées de façon à recouper les deux flancs du crochon synclinal dû au chevauchement Pierroux - Petit Roux.
En A la dalle du cristallin des Fréaux, garnie de brèches et de lames cristallines interstratifiées dans les schistes toarciens représente la paléo-faille limitant du côté est le bloc de la Muzelle, basculée vers l'ouest par les déformations tertiaires (la couverture sédimentaire, d'épaisseur réduite, du sommet du bloc affleure dans les pentes occidentales de la crête du Pied de Bary).
En B et en C cet ensemble se renverse, au pied des abrupts du Petit Roux, sous l'effet du chevauchement vers le nord de l'ensemble Petit Roux - Muzelle.

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La Tête de Lauranoure (face ouest) et le haut vallon de Lanchâtra (rive droite) vue du nord-ouest, depuis la Cime du Pied de Bary .
ØP = chevauchement du Pierroux (se prolongeant en rive gauche par celui de la Muzelle) : il se subdivise en deux branches, inférieure = ØP1 et supérieure = ØP2 ;
gneiss L = gneiss de la Lavey" ordinaires ; gneiss Lo = gneiss "ocellaires", "du plan du Lac", qui affleurent selon une bande N-S qui inclut l'aiguille de Lanchâtra (hors du cliché, à gauche).


Le versant oriental de la vallée de Lanchâtra (photo ci-dessus) montre, en position sub-verticale, voire renversée, une succession normale de couches du Trias puis du Lias calcaire (mince) et de Lias schisteux.

Sur la rive ouest, au contraire (photo ci-dessous), le sommet de la succession (schistes toarciens) repose directement sur le cristallin par le jeu de la faille du Pied de Bary.

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La rive gauche du vallon de Lanchâtra (cime du Petit Roux) vue du nord, depuis les pentes orientales de la cime de La Coche.
ØM = chevauchement de la Muzelle (prolongement occidental de celui du Pierroux) ; f.pB = faille du Pied de Bary.
L'axe du crochon synclinal (purement interprétatif, non observable) qui est représenté dans les schistes toarciens, sous le chevauchement, est orienté perpendiculairement au regard, c'est-à-dire parallèlement aux falaises du Petit Roux (grossièrement E-W).
La faille du Pied de Bary correspond à peu près à la dalle de cristallin dénudée par l'érosion des schistes toarciens sous lesquels elle s'enfonce en bas de pente. Lbr = brèches à matériel liasique tapissant la surface de la paléofaille
Les coupes de la page de la "visite détaillée" traversent le paysage en biais de droite à gauche à plusieurs niveaux successifs.

Au nord du Petit Roux, sur la crête et dans les pentes de la Cime du Pied de Bary, le flanc ouest de la dépression sédimentaire de Lanchâtra est mis à nu par l'érosion. On y voit que, à l'opposé de ce qui se passe sur le flanc oriental de la dépression (voir cliché plus haut), il n'y a pas, sur le cristallin, une succession normale. Au contraire on y observe le repos direct des schistes toarciens sur le cristallin, par l'intermédiaire de brèches plus ou moins grossières qui scellent un empilement de lames imbriquées de cristallin séparées par des septa de Lias schisteux (voir coupes ci-dessus) : cela correspond une paléofaille d'âge jurassique, la faille du Pied de Bary, dont le tracé exact est difficile à préciser, du fait de ce garnissage détritique.

Compléter par l'examen plus détaillé de la rive gauche du vallon (secteur du Pied de Bary)


cartes géologiques à 1/50.000° (*) à consulter : feuille Saint-Christophe


Pour plus de détails consulter la publication087

Pied Moutet

Venosc

Jandri
col du Vallon

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