Vallon, lac et col de la Muzelle

le passage le plus direct entre Vénéon et Valsenestre

Le Vallon de la Muzelle et le vallon des Combes, son prolongement en haut Valsenestre, tous deux étroits et allongés N-S, représentent une dépression structurale parfaitement caractérisée : en effet ils suivent sur la plus grande partie de leur longueur une bande, plus ou moins étroite, de terrains sédimentaires bordés par deux flancs de socle cristallin. Elle constitue le prolongement, au sud des Deux-Alpes, de l'hémigraben du Ferrand.

On trouvera des renseignements complémentaires sur ce vallon à la page "Muzelle" du site du Patrimoine matheysin.

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Le vallon de la Muzelle, vu d'enfilade, du nord depuis la Croix de Cassini.
ØM = chevauchement de la Muzelle ; f.pB = faille du Pied de Barry (garnissage de conglomérats à matrice de schistes du Domérien-Toarcien) ; bl M = Bloc de la Muzelle (apophyse septentrionale) ; f.A-C = faille d'Aspres - Chambon ; f.sB = faille de Ser Barbier.


Cette dépression sédimentaire, simple au niveau de Venosc, se partage au sud du Vénéon en deux branches qui encadrent alors un bloc basculé secondaire du socle, celui du sommet de la Muzelle (ce dernier représente donc une subdivision occidentale du bloc majeur du Mont-de-Lans - En-Paris).

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Schéma cartographique de la géologie des abords du vallon de la Muzelle
(le chevauchement de la Muzelle est représenté par la ligne de tirets passant au nord du Petit Roux).
 On voit sur cette carte comment les affleurements cristallins du bloc intermédiaire de La Muzelle se terminent, en dessinant une pointe vers le nord avant Venosc. Sur le terrain on constate que cela correspond au fait que, du côté ouest le socle cristallin s'enfonce stratigraphiquement sous les sédiments du sillon sédimentaire des Deux-Alpes, tandis que du côté est il est tranché en sifflet par la paléofaille (largement garnie de brèches liasiques) du Pied de Barry (voir la page "Lanchâtra ouest").


Pour plus de détails consulter la publication087

Cet ancien hémigraben jurassique se partage ainsi en deux vers le sud, en émettant un diverticule oriental que parcourt la partie moyenne du vallon de Lanchâtra. Il s'y termine en cul de sac, à la latitude du Petit Roux, avant d'atteindre les crêtes qui ferment ce vallon du côté sud : cette terminaison est due à ce qu'il est tranché tranversalement par le "chevauchement de la Muzelle" qui surhausse, rebrousse et même renverse vers le nord la partie principale du bloc de la Muzelle, en lui faisant chevaucher sa partie septentrionale (crête du Pied de Barry) (voir à ce sujet la page "Lanchâtra"). On peut d'ailleurs penser que c'est le jeu de ce chevauchement qui a provoqué une surélévation du sommet de la Muzelle lui-même, ce qui a porté ce dernier à une altitude comparable à celle des plus hautes cimes du massif.

Cette fracture compressive est, dans le massif des Écrins, une des rares de ce type (avec le chevauchement de la Meije, lequel se place d'ailleurs dans son prolongement, à l'est du Vénéon). Il est à noter que l'un comme l'autre de ces accident a un tracé sensiblement E-W et une vergence nord, et que l'on a des raisons de penser qu'ils sont plus anciens que les ultimes compressions, plutôt E-W, de la chaîne alpine (voir la page "structure générale").
On peut en outre s'interroger sur ses rapports éventuellement anciens (au Jurassique) avec la faille extensive syn-sédimentaire de l'Embernard, car celle-ci à une direction similaire et un rejet vertical de même sens (soulèvement du compartiment méridional).


Carte de situation des principaux chevauchements vers le nord dans le massif du Pelvoux - Écrins.


Lorsque le vallon débouche au niveau du lac de La Muzelle la dissymétrie de ses deux versants apparaît avec une grande clarté : du côté oriental du fond de vallon (au pied duquel se trouve le lac) le socle cristallin décrit une demi vôute anticlinale et supporte sa couverture sédimentaire en situation normale, comme en attestent les affleurements de cargneules triasiques qui jalonnent ce contact.

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Le vallon et le lac de la Muzelle vus du sud depuis le col de la Muzelle.
Du côté droit le cristallin, garni de sa couverture sédimentaire, appartient au flanc ouest du bloc basculé dont fait partie le sommet de la Muzelle et qui se rattache, en arrière-plan, à celui du Mont de Lans (Tête Moute) et d'En-Paris (soubassement du Pic du Mas de La Grave).
La faille d'Aspres (f.A), qui limite, du côté ouest, les affleurements sédimentaires jurassiques du vallon (bord de l'hémigraben) est le prolongement méridional de la faille du Chambon (f.C = limite orientale du bloc des Grandes Rousses). Elle se poursuit vers le sud, par le Pic de Valsenestre, pour constituer, en Beaumont, "linéament d'Aspres les Corps".
f.sB = faille transverse (W-E) de Ser Barbier ; spa = surface de la pénéplaine anté-triasique (tirets rouges)
L'astérisque indique la position de l'arche de cargneules.

 

Arche naturelle, dans les cargneules triasiques, à l'est du Lac de la Muzelle

Cette arche s'est ouverte par l'effritement d'une partie moins solidement cimentée de la bande de cargneules. Elle est empruntée par le sentier de départ de l'ascension de la Muzelle [localisation sur la vue ci-après, prise depuis le col vers le nord].
Ce sentier traverse, à cet endroit, les couches triasiques de la couverture du flanc ouest du bloc basculé de la Muzelle, là où sa voûte s'infléchit pour plonger sous le lac (on arrive là dans la zone de pincement à la verticale de l'hémigraben du vallon de la Muzelle).
Le socle cristallin affleure dans les pentes d'arrière-plan.


Du côté occidental au contraire on voit seulement des calcschistes toarciens affleurer sur le pourtour de l'éperon septentrional de la Tête de la Muraillette (mais ils disparaissent sous des éboulis au pied de l'abrupt de faille par lequel le cristallin se surhausse brutalement).

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La rive occidentale du vallon de la Muzelle au sud du Lac (cliché original obligeamment communiqué par Mme D.Soyez) .
f.A-C = faille d'Aspres - Chambon ("m.f" = miroir de faille localement dégagé : on voit alors qu'il pend vers l'arrière-plan) ; f.M = faille du pied de la Muraillette = cassure secondaire ouvrant une crevasse transversale dans la paroi séparant le bloc des Grandes Rousses de l'hémigraben du Ferrand) ; f.E = faille de l'Embernard (faille syn-sédimentaire transverse au bloc : voir la page "col du Vallon").


Du côté nord-ouest du lac les affleurements sédimentaires, d'ailleurs toujours formés de schistes du Lias supérieur, s'étendent beaucoup plus loin, en rive gauche, dans les pentes herbeuses qui s'élèvent vers le col du Vallon : la raison des cette configuration est examinée à la page "col du Vallon".

Au sud du lac de la Muzelle la dépression sédimentaire se poursuit jusqu'à déterminer le col de la Muzelle mais là elle se rétrécit, étranglée entre ses deux bordures de socle cristallin et se trouve souvent masquée par les éboulis au pied de son abrupt bordier occidental.

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La Muzelle, le lac et le col de la Muzelle vus du nord depuis le verrou (point coté 2129,8) qui ferme le cirque du lac du côté aval.
s.pa
= surface de la pénéplaine anté-triasique ; f.A-C = faille Aspres-lès-Corps - Chambon.

Au col on peut constater très clairement, en suivant son arête ouest, que la base de la succession stratigraphique se trouve toujours du côté est (où elle est soulignée par des cargneules et dolomies triasiques) tandis que du côté ouest les calcschistes toarciens viennent en contact direct avec le cristallin (granite) du Clapier du Peyron.

 

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Le col de la Muzelle vu du sud (versant Valsenestre)

(orentation opposée à celle du cliché précédent)

Le fond de l'hémigraben est redressé à la verticale par le pincement entre les deux blocs de socle cristallin.
Les couches sont minces , sans doute parce que étirées. Mais, du côté oriental (à droite), leur succession et leur contact avec le cristallin sont clairement stratigraphiques.

f.A = faille principale du linéament d'Aspres-lès-Corps (prolongement méridional de la Faille du Chambon).
spa = surface de la pénéplaine anté-triasique.

Contexte de ce versant à la page "Valsenestre oriental"

L'étude du versant opposé du col (voir la page "haut Valsenestre") montre que l'accident qui le détermine est le prolongement septentrional de la faille d'Aspres-lès-Corps.


cartes géologiques à 1/50.000° (*) à consulter : feuilles La Mure et Saint-Christophe



Lauvitel

Vénosc - Les Deux-Alpes

Tête Moute-Jandri.
col du Vallon

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