Crête de la Souvagea, Replat des Génisses

La crête de rive droite du vallon de Fouillouse

La rive droite du vallon de Fouillouse s'élève au dessus du village pour culminer à la crête de La Souvagea. Mais celle-ci ne constitue pas un relief majeur : en effet elle ne s'invidualise du côté NW que assez haut dans les abrupts de rive gauche de l'Ubaye (voir la page "Châtelet") et elle s'efface assez vite vers le SE dans les hautes pentes de rive droite du vallon de Plate Lombarde, après avoir formé, au pied ouest du Brec de Chambeyron, le verrou qui retient le lac Premier.

En fait l'individualisation de cette crête vient de ce qu'elle est armée par la terminaison sud-orientale des affleurements calcaires triasico-jurassiques de la Nappe du Châtelet proprement dite, surtout représentés en rive NW de l'Ubaye (La Mortice), lesquels s'intercalent entre deux bordures de matériel moins résistant à l'érosion, argilo-gréseux au SW (Fouillouse) et argilo-calcaire au NE (Lacs de Chambeyron).

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Les crêtes de rive gauche de la gorge de la Haute Ubaye (partie aval) vues du sommet de la Font-Sancte (cliché original obligeamment communiqué par M. Jean-Pierre Bouillin).
n.aC = nappe des Aiguilles de Chambeyron (digitation de Chauvet) ; n.S = nappe de Sautron (présumée) ; n.Ch = nappe du Châtelet. L'aiguille rocheuse du point 2501 est fichée dans les marbres en plaquettes attribués à la nappe de Sautron ; du fait de sa constitution (lame de Malm et de Dogger disposée en synforme renversée) elle peut aussi ne représenter qu'un simple copeau basal de la nappe du Châtelet : son origine et son mode de mise en place sont donc obscurs, mais sa présence témoigne au moins de la forte tectonisation des calcschistes qui l'hébergent ...

Ce rocher 2501 est en réalité celui qui était désigné dans le pays par le nom de "Bec Roux" . Il est à noter que, en dépit de ce nom, il est en fait moins roux que les roches de son environnement : encore une fois il s'avère que ce qualificatif "roux" veut seulement dire "rocheux"


La crête prend naissance au flanc de la vallée de l'Ubaye, dans les pentes en amont du Châtelet, mais elle ne s'individualise bien qu'au niveau où la gorge du Vallon d'Aval s'épanouit vers le haut pour déboucher plus haut sur la dépression des lacs au Pas de la Souvagea. Elle culmine là au sommet 3018 du Bec Roux ( anciennement nommé "Panastrel de la Souvagea" par les habitants de la vallée).

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Les abrupts nord-orientaux des Becs de la Souvagea, vus des pentes nord du Pas de la Souvagea (sentier de la Pointe de Chauvet).
On a distingué les niveaux successifs du Trias moyen qui affleurent dans l'abrupt du crêt* de la Souvagea, de bas en haut : tcA = calcaires de l'Anisien, rubanés de dolomies jaunes ; tcL = calcaires plus massifs, du Ladinien inférieur ; tDni = dolomies noires ("inférieures") du Ladinien supérieur ; tDbl = dolomies blanches du Ladinien supérieur.


Il s'agit là d'un crêt* jurassien bien caractérisé dont l'abrupt, formé par le Trias moyen, regarde vers le nord-est et tombe sur le vallon d'aval. C'est au pied de ses escarpements nord-orientaux que passe la surface de chevauchement de la nappe du Châtelet, qui fait reposer ses calcaires anisiens sur les marbres en plaquettes des lacs de Chambeyron (lesquels appartiennent peut-être, en fait, à la nappe de Sautron : voir la page "massif de Chambeyron").

Le revers méridional du crêt de la Souvagea n'est pas exactement une dalle structurale car les niveaux plus élevés de la succession des couches triasiques sont coupés en biseau peu oblique par la surface d'érosion. Les termes plus anciens du matériel de cette nappe du Châtelet affleurent dans les pentes qui dominent le village de Fouillouse.

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Le revers méridional de la crête de la Souvagea, vu de Saint-Paul / Ubaye (voir le cliché d'ensemble à la page "Saint-Paul")
Le sentier du refuge de Chambeyron est repéré en noir cerné de blanc.
a.P = anticlinal des Passets ; ØCh = surface de chevauchement de la nappe du Châtelet sur celle de Sautron ; fHg = flysch à Helminthoïdes gréseux (petite klippe).
En certains points de ce versant le flysch noir repose directement sur le Jurassique, voire sur le Trias. Le caractère discordant de ce contact (en jaune) montre que son substratum a été érodé (ou arasé tectoniquement) avant la sédimentation de l'olistostrome qui constitue ici l'essentiel de cette formation.



On traverse cette succession de couches, affleurant presque en dalles structurales, dans les pentes qui s'élèvent au dessus du village de Fouillouse , le long du sentier qui mène au refuge de Chambeyron : il s'élève d'abord en lacets dans l'enveloppe de flysch noir de l'anticlinal des Passets (que coiffe une petite klippe de flysch gréseux de l'Embrunais) puis il traverse la série, dans le sens stratigraphiquement descendant, en parcourant le versant en diagonale. à la faveur du fait que le pendage des couches y est notablement plus fort que l'inclinaison de la surface topographique (les couches les plus anciennes sont celles qui affleurent le plus haut sur la pente)

Au sud du Pas de la Souvagea la crête rocheuse s'émousse et s'abaisse jusqu'à ne plus former qu'une échine presque horizontale, la Tête Viturière au pied est de laquelle se blottit le refuge de Chambeyron. Il s'agit là d'un verrou rocheux très caractérisé, qui retient les eaux du Lac Premier et qui a été franchi anciennement par la langue du glacier qui occupait l'autre bord de la cuvette des lacs en y ouvrant le raide mais large vallon des Passets, à profil typique d'un lit ancien du glacier.

Le bord opposé, méridional, de l'entaille des Passets forme la petite crête de la Plate des Génisses. On y voit s'y prolonger dans les strates de la nappe du Châtelet et l'on y constate qu'elles sont ployées en une voûte (l'anticlinal des Passets), ce qui fait que leurs affleurements les plus orientaux, ceux du col de la Coulette sont horizontaux.

Mais la surface de charriage de la nappe n'est pas affectée par cette torsion de sorte qu'elle coupe les couches en biseau et que ce sont les couches jurassiques du sommet de la succession qui affleurent seules avant de disparaître par biseautage tectonique à l'est de la Coulette.

Il est en outre remarquable que ce soit à cet endroit que, compte tenu de son pendage, la surface de charriage de la nappe du Châtelet doit se prolonger sous le pied des escarpements du Brec de Chambeyron : elle doit donc sans doute s'y raccorder, voire se prolonger par la surface de charriage de cette Unité du Brec.


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La cuvette du Lac Premier
, vue du nord, depuis les abords du Pas de la Souvagea.
On distingue parfaitement le verrou* (bosse garnie de végétation, sous le mot "n.Châtelet") qui ferme la dépression du lac et au revers duquel s'abrite le refuge. Les abruptsqui soutiennent la bosse du Replat des Génisses représentent le flanc gauche (méridional) de la vallée à fond plat par laquelle le glacier poursuivait son cours plus en aval en rabotant les dalles moutonnées des ravins des Passets (voir à la page "sommet du Brec").
On a figuré quelques détails stratigraphiques et quelques unes des cassures mineures du Replat des Génisses
u.Brec = unité (digitation) du Brec ; ØCh = surface de chevauchement de la nappe du Châtelet ; a.P = anticlinal des Passets ; f = failles mineures.

Le dessin de cet anticlinal des Passets est très bien visible depuis le village de Fouillouse ....

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Le versant nord-est du vallon de Fouillouse et la plus haute maison du village (installée sur le replat du sommet des alluvions glaciaires).
Les ravines qui descendent des lacs de Chambeyron (Les Passets) entaillent la dalle rocheuse lissée par le fond de l'ancien glacier qui descendait des lacs de Chambeyron. Cette typique vallée glaciaire troue suffisamment la nappe du Châtelet pour montrer l'enroulement de ses couches en une demi voûte déversée vers le sud-ouest, l'"anticlinal des Passets" (a.P).
Le flysch noir a été noté "fn (olist)" car on y observe ici plusieurs passées de schistes à blocs, qui viennent s'ajouter aux alternances gréso-marneuses qui constituent généralement l'essentiel de cette formation. La présence de ce matériel, qui en fait un olistostrome*, est sans doute liée à la mise en place des nappes de flysch de l'Embrunais (dont le début est donc contemporain de ces dépôts).


Au sud du Replat des Génisses (= Plate des Manzes des anciens documents) le Jurassique de la voûte anticlinale n'affleure plus que occasionnellement sous les marbres en plaquettes , à la faveur de cassures transverses et ces derniers terrains eux mêmes disparaissent, recouverts par les flysch de l'Embrunais ...

On assiste là à la disparition apparente de la nappe du Châtelet proprement dite (même si, plus au SE, on peut sans doute rattacher à cette nappe, à titre interprétatif, les crêtes de la Rocca Blanca et de la Meyna).

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La rive droite du vallon de Plate Lombarde, en amont de Fouillouse (pentes de la Couletta et du Brec), vue d'amont, du sud, depuis les pentes du Pra de Balces, au sud du col du Vallonnet (dessin extrait de la publication n° 024).
désigne la surface de chevauchement de la klippe du Brec sur la nappe du Châtelet (Ø5 de la coupe ci-dessus),
On a noté F les multiples cassures (surtout transverses, NE-SW) qui affectent la nappe du Châtelet dans le versant sud de la plate des Génisses (= Plate des Manzes).
consulter la légende générale des abréviations / / en version de grande taille.



Deux coupes sur la transversale de Fouillouse et des lacs de Chambeyron. extrait de la publication n° 024 (retouché)
ØE = chevauchement des nappes de flysch de l'Embrunais ; n.Ch = nappe du Châtelet ; ØFS = chevauchement de la nappe de la Font Sancte ; n.aC = nappe de l'Aiguille de Chambeyron.

 


Diverses pages relatives au massif du Chambeyron :
Vue d'ensemble du chaînon du Brec, Le Brec lui-même , La crête méridionale du Brec , La dépression des lacs de Chambeyron , l'Aiguille de Chambeyron , Fouillouse et La Souvagea.


consulter l'aperçu structural général sur la zone briançonnaise méridionale
consulter l'aperçu d'ensemble sur les montagnes au sud-est de la Haute Ubaye

cartes géologiques au 1/50.000° à consulter : feuille Aiguille de Chambeyron

Carte géologique simplifiée du massif de Chambeyron
redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M. Gidon (1977), publication n° 074


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