Fouillouse, Plate Lombarde

entre le massif de Chambeyron et les Rochers de Saint-Ours

Le village de Fouillouse est le terminus de la route étroite qui permet d'y accéder depuis l'entrée aval des gorges de l'Ubaye, en empruntant le pont du Châtelet ; il constitue le point de départ pédestre pour accéder au cœur du massif de Chambeyron ou pour se rendre dans la vallée de l'Ubayette par les cols du Vallonnet ou de Mirandol. Il est installé entre le massif de Chambeyron et les Rochers de Saint-Ours, là où le vallon de Plate Lombarde s'étranglement vers l'aval pour laisser le torrent de la Baragne, qui le draine, inscrire son lit dans la pente abrupte qui rejoint la vallée de l'Ubaye (voir le cliché en fin de page).

A/ Le village de Fouillouse lui-même est implanté à la marge nord-occidentale d'une zone de pentes modérées, couées de replats qui sont suspendus au dessus de la vallée de l'Ubaye, là où le torrent commence à entailler le matériel alluvial du fond de vallon.

(N.B. : en parler local le vocable "fouillouse" désigne la marmotte, allusion probable au fait que les habitants permanents y demeuraient l'hiver "terrés dans la neige", en dépit de l'excellente exposition du site).

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Le village de Fouillouse, vu du sud-est (d'amont), en direction de la vallée de l'Ubaye


Ce replat, anciennement cultivé mais maintenant essentiellement garni de prés de fauche, correspond au sommet d'un ancien colmatage de la vallée de l'Ubaye par des matériaux fluvio-glaciaires (lors de la dernière glaciation, du Würm) ; il culmine aux environs de 1900 m. (en amont des dernières maisons) et ses matériaux constitutifs s'observent, en contrebas du village, notamment au niveau du parking, dans l'entaille, qui s'est actuellement ré-activée, du torrent de La Baragne.


La rive gauche du torrent de la Baragne en aval de Fouillouse
, vue depuis la rive droite, au niveau du parking (1860)
Le torrent sape le versant et y déclenche des ravinements qui le rongent (noter les arbres basculés).

Sur la rive droite (au nord) de ce torrent ces alluvions ne sont conservées qu'en lambeaux discontinus, et l'érosion met assez largement à nu leur substratum rocheux, notamment le long de la route, entre le village et le Pont du Châtelet. Ce substratum appartient à la nappe du Châtelet et il est constitué par du "flysch noir" éocène, terme le plus élevé de la succession stratigraphique de cette nappe ; ici ce dernier est en fait un olistostrome*, créé lors de la mise en place des nappes de flysch de l'Embrunais : en effet on rencontre en son sein des lentilles "exotiques" de terrains divers, et notamment de "marbres en plaquettes" du crétacé supérieur.


B/ Le vallon de Plate Lombarde qui s'ouvre en amont de Fouillouse doit clairement son existence à la structure tectonique de ce secteur. En effet il correspond à une dépression fondamentalement synclinale (le synclinal de Fouillouse") puisqu'elle héberge du matériel rocheux relativement récent par rapport à celui de ses bordures (voir la coupe en fin de page). Il s'agit du flysch noir briançonnais, c'est-à-dire la partie haute de la succession stratigraphique de la nappe du Châtelet, qui y est recouvert par des argilites de la formation basale de la nappe du flysch à Helminthoïdes. Ces deux termes constituant l'un comme l'autre un matériel relativement tendre l'érosion a creusé le vallon en les déblayant assez largement.

Les terrains calcaires plus résistants normalement sous-jacents (jurassiques et triasiques) qui forment les deux versants du vallon appartiennent dans les deux cas à leur soubassement, c'est-à-dire à la nappe du Châtelet. Mais en fait ils y affleurent de façon très différente d'un versant à l'autre :

1) sur le versant nord-oriental du vallon

La disposition est bien celle d'un flanc de synclinal à relief presque conforme*, car les termes plus anciens du matériel de cette nappe du Châtelet affleurent dans les pentes qui dominent le village du côté nord-est (notamment le long du sentier des lacs de Chambeyron) avec des pendages grossièrement parallèles à la pente topographique. Toutefois, ce pendage des couches y étant un peu plus fort que l'inclinaison finale de la surface topographique créée par l'érosion, les couches les plus anciennes sont celles qui affleurent le plus haut sur la pente (voir la page "Souvagea").

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Le versant nord-est du vallon de Fouillouse et la plus haute maison du village (installée sur le replat du sommet des alluvions glaciaires).
Les ravines qui descendent des lacs de Chambeyron (Les Passets) entaillent la dalle rocheuse lissée par le fond de l'ancien glacier qui descendait des lacs de Chambeyron. Cette typique vallée glaciaire troue suffisamment la nappe du Châtelet pour montrer l'enroulement de ses couches en une demi voûte déversée vers le sud-ouest, l'"anticlinal des Passets" (a.P).
Le flysch noir a été noté "fn (olist)" car on y observe ici plusieurs passées de schistes à blocs, qui viennent s'ajouter aux alternances gréso-marneuses qui constituent généralement l'essentiel de cette formation. La présence de ce matériel, qui en fait un olistostrome*, est sans doute liée à la mise en place des nappes de flysch de l'Embrunais (dont le début est donc contemporain de ces dépôts).


Une coupe naturelle de cette succession (montrant jusqu'aux calcaires du Trias moyen) est donnée, à l'est du village, par le vallon des Passets, qui descend du Lac Premier. Ce vallon est par ailleurs une vallée morte (dépourvue de cours d'eau) qui présente toutes les caractéristiques d'un creusement par une langue glaciaire, maintenant fondue : profil transversal en U, large fond rocheux aplani (bien que sillonné de ravines) et flancs abrupts culminant par des épaulements. Sa coupe narurelle, orthogonale aux couches, montre aussi l'enroulement de ces couches en un anticlinal des Passets, déjeté vers l'ouest.

Croquis interprétatif, plus détaillé, du cliché ci-dessus. version plus grande
a.P = anticlinal des Passets.


Plus au SE dans les pentes d'alpages que dominent les abrupts du chaînon du Brec, les mêmes couches triasico-jurassiques de la nappe du Châtelet arment l'échine d'alpages du Replat des Génisses ("Plate des Manzes" en langage local). Ils s'y montrent affectés d'un assez grand nombre de cassures mineures qui décalent verticalement les couches du Malm et des marbres en plaquettes, seules mises à nu par l'érosion. On constate surtout dans ces pentes que la voûte anticlinale des Passets s'enfonce par plongement axial vers le SE, de sorte que ces couches affleurent de façon capricieuse, essentiellement en dalles structurales coupées de petits abrupts qui correspondent à des cassures mineures mais de moins en moins car elles s'enfoncent finalement sous le flysch noir briançonnais, lui même recouvert par les argilites de base du flysch à helminthoïdes.

image agrandissable

La rive droite du vallon de Plate Lombarde, en amont de Fouillouse (pentes de la Couletta et du Brec), vue d'amont, du sud, depuis les pentes du Pra de Balces, au sud du col du Vallonnet (dessin extrait de la publication n° 024).
désigne la surface de chevauchement de la klippe du Brec sur la nappe du Châtelet (Ø5 de la coupe ci-dessus),
On a noté F les multiples cassures (surtout transverses, NE-SW) qui affectent la nappe du Châtelet dans le versant sud de la plate des Génisses (= Plate des Manzes).
consulter la légende générale des abréviations / / en version de grande taille.


Aux abords du col du Vallonnet, c'est-à-dire au point le plus haut du vallon, là où l'érosion a le moins creusé, ces terrains de la nappe du Châtelet, recouverts par les couches de base du flysch à helminthoïdes, disparaissent par enfoncement vers le SE sous le chevauchement des calcaires de l'unité du Brec de Chambeyron. Les couches du flysch à helminthoïdes elles-mêmes, à faciès gréseux couronnent la butte à l'ouest du col du Vallonnet (anciennement dénommée Tête de Chalvet). On voit au revers sud de sa crête, dans ses abrupts qui dominent le Vallonnet (voir la page "Rochers de Saint-Ours") qu'elles occupent le coeur d'un synclinal de Fouillouse que dessinent les couches d'âge secondaire dont le flanc ouest est tranché par une faille qui les sépare de celles des Rochers de Saint-Ours.

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La partie haute du vallon de Plate-Lombarde (versant nord-oriental), vue du nord-ouest, depuis le ravin des Baumes, au pied des Rochers de Saint-Ours.
ØB = surface de chevauchement de l'unité ("digitation") du Brec ; a.P = anticlinal des Passets ; ØH = surface de chevauchement des nappes de flysch de l'Embrunais (c'est également un témoin de cette nappe  qui constitue, au sud du col de Stroppia, la crête septentrionale de la Rocca Blanca.
(fH = flysch à Helminthoïdes).


2) La rive gauche du vallon se fait au contraire remarquer par ses puissants abrupts, qui tombent presque d'un seul jet depuis la crête des Rochers de Saint-Ours. Il sont déterminés par la présence d'une très grande faille, d'importance régionale (voir plus loin, § C), dans cette page). Cette "faille du Ruburent", orientée NW-SE, surélève brutalement le matériel briançonnais de la nappe du Châtelet (qui pend vers l'opposé du fond de vallon) par rapport au flysch à Helminthoïdes de la Tête de Chalvet.

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Le vallon de Plate Lombarde, vu presque d'enfilade, du nord-ouest, depuis les pentes dominant le village de Fouillouse (sentier des lacs de Chambeyron, vers 2300 m).
f.R (en rouge) = faille du Ruburent ; ØH (en vert acide) = surface de chevauchement des flyschs à Helminthoïdes (elle est décalée verticalement de près de 800 m par la faille du Ruburent) ; f.C = faille de la Courbe (faille tardive, à rejet sans doute décrochant sénestre, car elle décale dans ce sens la faille du Ruburent).
fn (olist) = flysch noir briançonnais et schistes de l'unité de Serenne, mélangés en un olistostrome*.


À la faveur de son rejet vertical, qui est proche de 1000 m, elle détermine la mise à nu d'une belle section verticale de la succession stratigraphique des Rochers de Saint-Ours.

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Le versant est des Rochers de Saint-Ours vu du nord, depuis la Pointe de Chauvet (3320).
Le fond du vallon de Plate Lombarde (prolongement amont de celui de Fouillouse) est masqué derrière les bosses de la Plate des Génisses et de la Tête Viturière.
f.R = faille du Ruburent ; ØH = surface de chevauchement de nappes de flyschs à Helminthoïdes (elle est décalée verticalement de plus de 800 m par la faille du Ruburent) ; f.C = faille transversale de la Courbe (faille tardive, à rejet sans doute décrochant sénestre, car elle décale dans ce sens la faille du Ruburent) ; f.E = faille transversale de l'Eyssilloun (elle décale ØH avec un fort rejet vertical).
Explications complémentaires à la page "Rochers de Saint-Ours".


La coupe ci-après montre bien la différence de disposition des couches d'un versant à l'autre du vallon de Fouillouse. Elle ne montre pas le fait que la faille du Ruburent n'affecte pas seulement la nappe du Châtelet mais affecte aussi son substratum (voir à ce sujet la page "Viraysse").

Coupe SW-NE, transversale au vallon de Fouillouse au niveau de Plate Lombarde (vu d'amont :le sud-ouest est à gauche) ; extrait de la publication n° 024 (retouché).
FR = faille du Ruburent, F = faille du Pinet, Ø5 = chevauchement de la nappe du Châtelet , Ø'5 = chevauchement de la klippe du Brec. ; ? = situation approximative, au sein des marbres en plaquettes, de la surface tectonique séparant l'unité des Aiguilles de Chambeyron de la nappe de Sautron (cette dernière correspondant au bord inférieur droit de la coupe).
légende des figurés (nouvelle fenêtre)



C/ La faille du Ruburent s'avère être une cassure majeure, par son rejet de l'ordre de 800 m aux Rochers de Saint-Ours, mais aussi par le fait qu'on la suit longuement et sans difficulté en direction du sud-est, par le vallon du Pinet puis celui du Rouchouse, jusque aux lacs du Ruburent.

 A ce dernier endroit elle s'amortit progressivement, mais se connecte du côté SW, par des branches orientées plus N-S, au faisceau des cassures satellites de la faille de Bersezio, qui pénètre avec un rejet dextre jusque dans le socle cristallin de l'Argentera.

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Le vallon de Fouillouse vu d'ensemble, de l'ouest, d'avion.
Le cours du torrent de la Baragne et le fond du vallon de Plate Lombarde suivent à peu près la limite entre la nappe du Châtelet à gauche (unité briançonnaise la plus élevée sur cette transversale) et les flyschs de l'Embrunais  (unité de Serennes) sous lesquels les couches de la première s'enfoncent avec un pendage qui s’accroît du haut vers le bas.
f.sO = accident de Saint-Ours, limitant l'unité de Serennes du côté nord-oriental ; ØE = surface de charriage des klippes de flysch à Helminthoïdes ; f.R = faille du Ruburent.
L"unité de l'Eyssilloun" est un fragment de flysch à Helminthoïdes, appartenant au système des nappes de l'Embrunais. Une klippe similaire forme, du côté opposé du vallon de Plate Lombarde (sur la crête frontière), l'arête nord de la Rocca Blanca.
"fn" = olistostrome à matrice de flysch noir briançonnais,


On n'éprouve donc aucune difficulté à suivre son tracé bien au-delà vers le SE mais par contre sa prolongation en direction du NW pose problème. En effet dans cette direction rien n'indique, au nord du village de Fouillouse, que cette cassure se prolonge dans les pentes inférieures de la Souvagea, selon le tracé que suggérerait sa direction azimutale. Pourtant le rejet de cette faille est trop important pour s'amortir sur une aussi brève distance, même en tenant compte de l'abaissement de sa lèvre sud-occidentale introduit par le jeu de la faille transversale de l'Eyssilloun au nord de cette dernière.

 En fait si le tracé de cette cassure cesse d'être repérable au nord-ouest de Fouillouse, c'est parce que dans ce secteur la direction de la faille conduit son tracé présumé à s'inscrire au sein de la masse épaisse de l'olistostrome* à matrice de flysch noir qui forme l'échine au flanc de laquelle grimpe la route au NW du village : au sein de ces terrains lithologiquement peu différenciés et sans stratification ordonnée permettant de se repérer, elle n'a guère pu imprimer sa trace dans le relief, d'autant moins que son tracé a pu y être masqué par le placages d'alluvions glaciaires et effacé par les glissements de terrain qui affectent leur surface.

En définitive il est donc probable que la faille du Ruburent se poursuit, après traversée de la vallée de l'Ubaye, par l'accident qui limite, en rive droite du ravin du Châtelet, les affleurements de flysch noir de la nappe du Châtelet (voir la page "Serennes") : en effet le tracé de cette limite tectonique aboutit précisément, en rive droite de l'Ubaye, au pied du verrou du Châtelet, dans l'alignement du tracé présumé, en rive gauche, de la faille du Ruburent.

 Plus au nord encore on perd franchement le prolongement de cette faille du Ruburent, mais tout porte à penser qu'elle se connecte, aux abords septentrionaux de Vars, avec le faisceau de cassures de la faille de la Durance, dont elle représente la branche la plus orientale.

 

Diverses pages relatives au massif du Chambeyron : Vue d'ensemble du chaînon du Brec, Le Brec lui-même , La crête méridionale du Brec , La dépression des lacs de Chambeyron , l'Aiguille de Chambeyron , Fouillouse et La Souvagea.


consulter l'aperçu structural général sur la zone briançonnaise méridionale
consulter l'aperçu d'ensemble sur les montagnes au sud-est de la Haute Ubaye

cartes géologiques au 1/50.000° à consulter : feuille Aiguille de Chambeyron

Carte géologique simplifiée du massif de Chambeyron
redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M. Gidon (1977), publication n° 074


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