Tignes-les-Boisses, lac du Chevril
vallée de l'Isère en aval de Val d'Isère

Le lac de retenue artificielle du Chevril noie le plan alluvial où était construit le village de Tignes proprement dit, en amont des anciennes gorges du Chevril. Le barrage obture ces gorges d'un mur dont la crête domine de 230 m le village des Brévières, situé à leur débouché, à peine 2 kilomètres en aval. Il est en béton, assez mince et en forme de voûte concave côté aval.

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La rive nord-occidentale du lac du Chevril et le massif du Mont Pourri
vus du sud-est depuis le village du Villaret.
ØS = chevauchement (rétrodéversé) de la Sache, faisant chevaucher le socle du Pourri sur les écailles briançonnaises du secteur du Chevril.

La dépression grossièrement N-S que remplit le lac de retenue s'allonge de façon presque transversale aux structures tectoniques de ce secteur de la vallée, lesquelles se correspondent assez bien d'une rive à l'autre (voir plus loin dans la présente page).

Elle est limitée par deux verrous d'érosion glaciaire :

Le verrou aval (des Boisses) est bien dessiné en rive gauche : son sommet, aplani par le passage du glacier de l'Isère, y supporte désormais le nouveau village de Tignes - Les Boisses. Ce barrage naturel est armé par une puissante barre de quartzites, qui plonge doucement vers le nord (voir la page "Brévières"). Il se prolonge vers le sud sur 1 à 2 km sur l'une et l'autre rive du lac et s'y montre en réalité formé par une imbrication de lames de quartzites qui se chevauchent mutuellement (ce sont donc des "écailles tectoniques"), ce qui lui confère au total plusieurs centaines de mètres d'épaisseur.

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Le lac du Chevril vu du sud, presque en totalité, depuis le point coté 2235 de la crête du Roc de la Tovière, c'est-à-dire depuis la crête du verrou amont.
ØSL = chevauchement basal des schistes lustrés ligures ; ØS = chevauchement du Saut (en rive droite) = chevauchement de La Sache (en rive gauche) ; f.cP = faille du Col du Palet ; f.lS = faille du Lac de la la Sassière ; ? = raccord hypothétique de ces deux failles sous les eaux du lac (selon carte 50.000° BRGM).
Pour simplifier on n'a représenté que les accidents tectoniques les plus importants (entre ØSL et ØS s'intercale la lame de socle prolongeant celui du Mont Pourri).

Le verrou amont (de la Daille) est en grande partie traversé en tunnel par la D.902 (ex. N.202). Il est constitué par des calcaires triasiques qui sont plissés mais forment une barre globalement verticale sur les flancs de la vallée. L'entaille sinueuse du cours de l'Isère que suit cette route met bien en évidence le fait que son tracé ne correspond à aucune structure notable qui soit orientée N-S comme l'est la dépression du lac. Les gorges de la Daille débouchent dans l'extrémité septentrionale de la dépression de Val d'Isère. Leur caractère d'entaille d'un verrou glaciaire* typique, est confirmé par la substistance du sommet de ce dernier, raboté par le glacier : il forme deux épaules, en rive droite celle de la Plate de la Daille, et en rive gauche celle des Rochers du Grand Saut, (plus de détails à la page "Val d'Isère").

 Cette dépression est traversée dans sa partie moyenne par le prolongement oriental de la faille du col du Palet (voir clichés plus loin dans la présente page) qui aboutit dans la retenue au débouché du torrent exutoire du Lac de Tignes. Cette cassure, sans doute tardive car dotée d'un fort pendage, semble prolonger vers l'ouest la faille de Rhêmes, qui passe en rive droite au nord du village du Franchet car leurs caractéristiques sont similaires (voir la page "Franchet"). Ces deux cassures correspondraient donc à une importante ligne de dislocation, presque W-E, que la carte géologique au 1/50.000° dénomme la faille Rhêmes - Chardonnet.

La rive orientale du lac donne une coupe naturelle à peu près orthogonale aux structures, où l'on voit que, jusqu'au Villaret du Nial, les lames de quartzites du verrou des Boisses supportent en outre (par l'intermédiaire du chevauchement du Saut) une lame de socle cristallin qui prolonge celui du massif du Pourri. De fait les témoins de la couverture que supporte le socle de cette écaille s'apparentent par leur richesse en brèches d'âge jurassique à ceux qui sont spécifiquess du socle de ce massif.

Cette lame tectonique s'amincit fortement vers le sud, sous le recouvrement de la nappe des schistes lustrés de la Grande Sassière, et semble se connecter, en rive sud du vallon de la Sassière (voir la page "Rocher de Franchet"), à l'unité de la Tsanteleina , qui affleure au fond de ce dernier.


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La partie septentrionale de la rive droite (orientale) du lac du Chevril vu du sud-ouest depuis le village du Lavachet (Tignes le Lac)
ØSL = chevauchement basal des schistes lustrés ligures ; ØS = chevauchement du Saut (prolongement oriental vraisemblable de celui de La Sache) ; le matériel que l'on peut rattacher au socle cristallin du Mont Pourri, rétrocharrié par cet accident se réduit, au sud de La Revirette, à une lame de schistes permiens associée à des marbres chloriteux du Crétacé supérieur.
j = marbres calcaires de la Revirette (jurassique supérieur), reposant directement sur les schistes cristallins du socle du Pourri ; ØF, ØV, surfaces de chevauchement des écailles imbriquées de quartzites triasiques (écailles du Franchet et du Villaret) ;
n.MM = nappe de schistes lustrés de Méan Martin ; n.Sa = nappe de schistes lustrés de la Grande Sassière.
(pour les hautes pentes de ce versant (en amont du Saut), se reporter à la page "Grande Sassière").

Ce dispositif se modifie au sud du ravin du Saut, où les quartzites du Franchet plongent vers le sud et s'enfoncent sous les calcaires et dolomies des gorges de la Daille, qui en sont la couverture normale originelle (mais qui sont également imbriqués par écaillage). On observe donc là un plissement d'ensemble, par un anticlinal du Villaret déversé vers le sud, de l'ensemble des écailles imbriquées, disposition qui se confirme et s'accentue plus en amont dans le secteur de Val d'Isère.

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Le lac du Chevril (partie méridionale) vu du nord-ouest depuis la route D.87, lieu-dit Les Côtes (alt.1910)
ØS = chevauchement du Saut (prolongement oriental vraisemblable de celui de La Sache : vergence de la gauche vers la droite) ; ØTs = chevauchement de l'unité de la Tsanteleina (prolongement oriental apparent du précédent ; ØSL = chevauchement basal des schistes lustrés ligures.
u.br.sil. = unités briançonnaises de la semelle siliceuse : ØV, ØF = surfaces de chevauchement des écailles du Villaret et du Franchet.
u.br.carb. = unités briançonnaises à carbonates triasiques épais : u.Fr = unité du Franchet ; ØGl = chevauchement du Glaçon ; s.F = synclinal du Franchet ; a.D = anticlinal de la Daille.
a.V = anticlinal (tardif) du Villaret ; f.lS = faille du Lac de la Sassière.

En outre à l'altitude de la crête de Picheru et de l'Aiguille du Franchet, les quartzites et les calcaires triasiques de l'écaille du Franchet se rebroussent en une charnière déversée vers le sud-est. Cela ressemble fort à un crochon qui serait induit par le chevauchement du Saut ; en effet c'est à cet endroit que ce dernier accident tranche le contact entre les couches de la semelle siliceuse briançonnaise et de leur couverture carbonatée et fait reposer, en discordance sur ce dernier, l'extrémité occidentale des affleurements de l'unité de la Tsanteleina.

Ceci est une interprétation personnelle, qui diffère un peu de celle adoptée sur la carte géologique. En effet le dessin de cette dernière ne rend pas compte de l'enroulement des écailles ni de leur troncature par le chevauchement du Saut. Cette carte interprète uniquement ces dispositions géométriques par le jeu d'une faille verticale E-W, la faille de Rhêmes - Chardonnet, qui est censée passer peu au nord du Franchet et se poursuivre en rive gauche de l'Isère. Mais cette interprétation ne paraît pas réellement soutenue par les données cartographiques (voir la page "Franchet") et elle omet totalement d'expliquer comment se terminent, aux abords de la Pointe de Picheru, l'écaille du Saut et l'unité de la Tsanteleina.

En rive gauche des gorges de la Daille la partie de la rive ouest du lac du Chevril qui est située au sud (en rive droite) du Ruisseau du Lac de Tignes (exutoire de ce dernier) est assez encombrée d'éboulis et garnie de bois (voir aussi le cliché à la page "Tignes-le-Lac"). On y reconnaît néanmoins qu'elle est formée par les calcaires triasiques de l'unité du Franchet, qui y dessinent successivement le synclinal du Rocher du Glaçon puis l'anticlinal de la Daille. Mais cette structure ne se prolonge pas en rive gauche du Ruisseau du Lac : cela semble pourrait s'expliquer par un prolongement vers l'est de la faille du Col du Palet, laquelle serait jalonnée par les cargneules formant le promontoire coté 1815 qui s'avance dans le lac.

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Le versant ouest de la retenue du Chevril vu de l'est, depuis les pentes de la montagne de la Grande Sassière (abords occidentaux des chalets du Chargeur, à l'ouest du Saut).
u.Br.carb. = unités imbriquées de matériel briançonnais carbonaté (calcaires et dolomies) :
u.L = unité du Lavachet ; u.Fr = unité du Franchet ; a.D = anticlinal de la Daille ; s.F = synclinal du Franchet ; ØGl = chevauchement du Glaçon.
u.Br.sil. = unités imbriquées de matériel briançonnais siliceux, prolongeant celles de rive droite : ØF = chevauchement du Franchet ; ØC = chevauchement du Villaret.
n.gM = nappe de la Grande Motte ; n.G = nappe des gypses ; n.Sa = nappe de schistes lustrés de La Sana ; n.MM = nappe de schistes lustrés de Méan Martin.
f.G = faille du lac du Grattaleu ; f.cP = faille du Col du Palet (et son prolongement évenuel sous les eaux du Lac du Chevril).

Au nord du torrent exutoire du Lac de Tignes la rive occidentale du lac a une structure similaire à celle de sa rive droite car on peut y reconnaître les écailles de quartzites imbriquées et enroulées par l'anticlinal du Villaret. L'écaille du Franchet est amputée de sa partie méridionale par suite de son sectionnement par la faille du col de Palet et la bande de cargneules qu'elle chevauche est plus épaisse et inclue une épaisse lame de calcaires triasiques.
Enfin on voit là que ces écailles se biseautent vers le nord, au sein d'une bande de cargneules qui forme le replat du Marais : cette géométrie indique que leur vergence* originelle était dirigée vers l'ouest ou le nord-ouest.

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Les montagnes de rive gauche de la vallée de l'Isère à la latitude du barrage du Chevril vues de l'est, depuis les pentes entre La Revirette et Le Saut.
f.cP = faille du Col du Palet ; f.Gr = faille de Grattaleu ; a.V = anticlinal du Villaret ; ØS = chevauchement (rétrodéversé) de la Sache ; js = couches reposant directement sur les schistes cristallins du socle du Pourri (marbres calcaires, quartzites et brèches à niveaux datés du Callovo-Oxfordien).
écailles imbriquées de la semelle siliceuse briançonnaise : ØV = chevauchement du Villaret ; ØF = chevauchement du Franchet.
autres unités briançonnaises : u.rR = unité des Rochers Rouges ; u.M = unité briançonnaise du Marais (à couverture adhérente réduite : Malm et marbres en plaquettes) ; ØM = chevauchement du Marais.
(pour plus de détails sur les pentes supérieures du versant voir les pages "Tourne" et "Tignes-le-Lac" ).

 

aperçu général sur la Vanoise


cartes géologiques au 1/50.000° à consulter : feuille Tignes


Carte géologique simplifiée des abords de Tignes

redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M. Gidon (1977), publication n° 074
plus au nord ;
plus à l'ouest < cartes voisines > plus à l'est
plus au sud
Autre découpage de la même carte, par coupures moins agrandies et couvrant des secteurs plus larges


Mont Pourri

les Brévières

Grande Sassière
La Tourne

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