Sassenage, Engins, basse vallée du Furon

partie méridionale de la rive gauche de la trouée de l'Isère

La localité de Sassenage, qui se rattache maintenant à la banlieue ouest de Grenoble, est située en bordure même de la trouée de l'Isère : cette dernière sectionne là l'extrémité nord-orientale du massif du Vercors et en donne une belle coupe, quoiqu'elle soit assez sensiblement oblique aux plis.

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Sassenage et la vallée du Furon, vus du NE d'avion (ce cliché , pris en 1966, ne rend aucunement compte de l'urbanisation actuelle).
Ce cliché montre bien le relief très "conforme", de type jurassien, comportant un val synclinal encadré par deux monts anticlinaux.
"Sé.i." = Sénonien inférieur et Lumachelle ; "Sé.s". = Sénonien supérieur (calcaires à silex) ; "M" = Miocène



Coupe naturelle de la rive gauche de l'Isère au niveau de Sassenage
aSo = anticlinal de Sornin ; flN = flexure de Noyarey (flanc est de "aSo"); flE = flexure des Engenières ; sSa = synclinal de Sassenage (= sC) ; cSa = chevauchement de Sassenage ; aSa = anticlinal de Sassenage ; sP = prolongement méridional du synclinal de Proveysieux.
Le fond, très plat mais incliné vers l'est, du synclinal de Villard-de-Lans est limité du côté est par le synclinal de Sassenage (raccord avec son flanc oriental, rompu par le chevauchement) et du côté ouest par la flexure des Engenières (raccord avec son flanc ouest, qui est aussi le flanc oriental de l'anticlinal de Sornin)
Cette coupe est conforme à la vue que donne le flanc de vallée mais elle n'est pas orthogonale aux plis : elle défigure donc leur forme dans le sens d'un étirement horizontal, ce qui est surtout perceptible pour le fond du synclinal de Villard-de-Lans.


L'agglomération elle-même est dominée par une imposante falaise où les couches dessinent un pli spectaculaire dont l'image a été diffusée par bien des manuels (y compris dans ceux de l'enseignement secondaire). Contrairement à ce qui a souvent été dit et écrit ce pli n'est aucunement un exemple de pli-faille*, car la faille qui rompt les couches de son flanc ouest ne détermine aucun retournement ni étirement des couches en bordure de ses lèvres : celles-ci sont au contraire tranchées net, presque orthogonalement aux strates.

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L'anticlinal de Sassenage, vu du nord, dans l'axe du pli, depuis l'autoroute A.48 (Grenoble - Lyon), en rive droite du lit de l'Isère.
Noter que les bancs du flanc ouest (coté droit) de l'anticlinal ne se renversent pas : ils sont tranchés franchement par le chevauchement de Sassenage (c.Sa).
La formation du chevauchement de Sassenage est donc probablement indépendante de celle du pli ; mais est-elle antérieure ou postérieure ? (on trouvera une tentative de réponse plus bas dans cette page).


Les couches du Sénonien qui affleurent sous le chevauchement y dessinent une inflexion synclinale, le synclinal de Sassenage. C'est dans ces couches, à peu près à la charnière du pli, que s'ouvrent les grottes de "Cuves de Sassenage" par lesquelles ressortent beaucoup des eaux infiltrés dans les fissures et gouffres du karst urgonien, sur le plateau de Sornin : il est clair que ce mouvement des couches joue le rôle d'une véritable gouttière collectrice pour ces eaux.

La vallée du Furon entaille le flanc ouest du synclinal de Sassenage, dont les couches s'élèvent vers l'ouest avec un pendage modeste. Elle s'y inscrit pratiquement selon une orientation parallèle à l'axe du pli (ne montrant donc aucune des charnières du plissement) : de ce fait l'on ne voit (d'ailleurs très clairement) dans cette entaille que la disposition très faiblement inclinée des couches, particulièrement en amont d'Engins et avant le débouché supérieur des gorges (voir la page "Sornin"). Un décalage de leurs limites d'affleurements est seulement introduit peu en aval d'Engins par le passage de la faille d'Engins, orientée à peu près N45 qui surélève sa lèvre sud-orientale ; les données cartographiques indiquent que c'est apparemment cette faille d'Engins qui représente le prolongement sud-occidental du chevauchement de Sassenage.

Une entaille est pratiquée dans la corniche des calcaires du Sénonien supérieur de la rive orientale de la vallée par la gorge du Pas du Curé. Cette dernière ne correspond à aucun accident tectonique ; elle constitue une vallée morte qui a été creusée par un torrent impétueux comme l'indiquent les marmites de géant que l'on y voit. Il devait correspondre aux eaux de fonte de la marge du glacier de l'Isère qui s'en échappaient lorsque ce glacier occupait, au maximum de son extension wurmienne, toute la vallée jusqu'au niveau de Saint-Nizier : lors du premier stade de retrait glaciaire, qui a abandonné la moraine des Guillets, les eaux devaient encore s'écouler dans sa direction par la brèche qui entaille jusqu'au bedrock molassique peu au NW du village. En effet la dépression de Rochetière et des Roux, située plus au NW, était alors libre de glace car, si le glacier s'engageait aussi dans la vallée du Furon depuis l'aval de cette dernière, sa surface n'y atteignait qu'une altitude moindre.

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L'ensemble du val de Lans vu d'avion, du nord, depuis l'aplomb des Engenières de Sassenage.
a.Sa = anticlinal de Sassenage ; c.Sa = chevauchement de Sassenage ; f.E = faille d'Engins (prolongement du précédent ?) ; s.Sa = synclinal de Sassenage ; ac.Br = accident des Bruziers ; ØM = chevauchement du Moucherotte (se raccordant au précédent) ; s.SN = synclinal, NE-SW, de Saint-Nizier ; s.VL = synclinal, N-S, de Villard de Lans.
Alluvions glaciaires wurmiennes (en bleu clair) : mW1 = moraine des Guillets (1° stade de retrait) ; mW2 = moraine des Charvets (2° stade de retrait). Le tracé de ces moraines, au flanc de la vallée du Furon, indique qu'une langue glaciaire s'engageait dans cette vallée ; tirets bleus fléchés = écoulements d'eaux de fonte.
Le synclinal de Villard de Lans, dont le flanc ouest est constitué par la flexure des Engenières (fl.E), est vu d'enfilade dans la moitié droite du champ de la photo. Il diverge du trans-synclinal de Saint-Nizier (s.SN) qui traverse le champ du cliché en biais, de l'arrière-droit à l'avant-gauche (ligne de gros points jaune-pâle). Le plancher du val de Lans est disséqué, en avant de Lans, par la vallée du Furon (Engins). Celle-ci perce la carapace du Sénonien supérieur et ouvre, jusque très en aval d'Engins, une combe monoclinale dans le Sénonien inférieur du fond (à faible pendage vers la gauche) du synclinal de Villard de Lans (s.VL).


Les pentes de rive gauche de la vallée du Furon, qui s'élèvent vers Sornin et la Dent du Loup montrent, à peu près à mi-hauteur, une inflexion qui les redresse fortement. Si cette inflexion est relativement atténuée au sud d'Engins elle s'accentue au contraire vers le nord au débouché de la vallée du Furon. De ce fait le dessin des couches qui est à l'origine de ce trait de relief est particulièrement bien mis en évidence par la coupe naturelle de la trouée de l'Isère.

On y remarque notamment qu'entre le fond du synclinal de Villard-de-Lans et la voûte de l'anticlinal de Sornin (qui lui fait suite du côté ouest) le flanc commun à ces deux plis ne montre pas d'inflexion progressive : il est constitué par un panneau, presque plat lui aussi mais à fort pendage, que délimitent deux flexures monoclinales*, celle des Engenières et celle de Noyarey. Ces traits confèrent à ces plis la forme peu arrondie, plutôt anguleuse, qui est caractéristique des plis coffrés et qui est commune dans ceux du Jura. Cela rapproche clairement le style tectonique du Vercors de celui de cette dernière chaîne.

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Le flanc oriental de l'anticlinal de Sornin au niveau de la cluse de l'Isère, vu du N-NE, depuis la plaine alluviale, près du hameau de la Vanne (Noyarey).
f.E et f.N désignent respectivement les plans axiaux des flexures des Engenières et de Noyarey. La voûte de l'anticlinal de Sornin se situe à peu près à la limite du cliché, du côté droit.
Le cliché date d'une époque (1968) où les carrières de Pra Paris n'avaient pas encore entaillé à l'air libre les basses pentes de Engenières (à l'extrême gauche du cliché).

Cette flexure synclinale des Engenières représente le bord occidental de la large gouttière tectonique qui a été appelée de longue date le synclinal de Villard-de-Lans. Mais ce dernier est en définitive un grand pli coffré* dont le large fond plat est donc délimité par les deux inflexions synclinales symétrique que sont le synclinal de Sassenage à l'est et la flexure synclinale des Engenières (voir la coupe d'ensemble, ci-dessus).


Annexe :

Concernant la formation du synclinal de Sassenage on pense, à première vue, que ce pli représente le crochon* synclinal d'un chevauchement de Sassenage. Mais en fait l'analyse de terrain de la structure des pentes de rive droite des gorges du Furon en aval d'Engins porte à envisager l'hypothèse que la formation de ce pli soit postérieure au jeu de la faille : celle-ci aurait été originellement une faille extensive, puis son plan de cassure aurait été basculé lors du plissement.


Coupe en rive droite du Furon, peu en amont du Pont Charvet et du monument à la Résistance.
On remarque que le Sénonien chevauchant n'est pas tordu en crochon anticlinal mais semble plutôt être, lui aussi, ployé par le synclinal de Sassenage. Cela suggère la déformation en deux temps schématisée en pied de figure (la faille est supposée antérieure au plissement puis basculée par ce dernier).
(pour plus de détails sur l'interprétation de ce dispositif, se reporter à la publication175).


En dépit de la couverture boisée la cartographie des pentes de rive droite du Furon, en amont du pont Charvet, semble indiquer que la faille de Sassenage se prolonge par la faille d'Engins en passant par la brèche qu'emprunte, au sommet de l'échine du Mollard-Jacques, le chemin d'accès aux Charvets. De fait cette cassure NE-SW, apparemment extensive, décale dans le sens voulu la barre des calcaires du Sénonien supérieur, en surélevant sa lèvre SE. Si un tel tracé est avéré cela enlève toute crédibilité à l'interprétation de cette faille comme due à un chevauchement, car il traverse en biais le flanc ouest du synclinal de Sassenage et s'éloigne de plus en plus, vers l'ouest, de l'axe de ce pli (ce dernier, orienté plus N-S, se dirige quant à lui vers le sud du Bois du Blanc, pour aboutir dans la Combe Curte sous la moraine des Charvets).

D'autre part, sur la rive opposée de l'Isère (en Chartreuse occidentale), le prolongement du chevauchement de Sassenage est constitué sans ambiguïté par le chevauchement de Mont-Saint-Martin. Or cette faille semble effectivement s'avérer être une ancienne faille verticale déformée par un cisaillement compressif.
En effet, au Pas de l'Âne et surtout dans les gorges de la Roize, le miroir de cette cassure s'avère être formé de tronçons sub-verticaux connectés en escalier par des tronçons sub-horizontaux qui correspondent à des surfaces de glissement couches sur couches. Cela suggère qu'une cassure originellement sub-verticale a ultérieurement été déformée par un cisaillement, à vergence* ouest, de la pile des couches (ce cisaillement ayant lui-même été induit par le plissement).

 


vues d'ensemble sur la rive gauche de l'Isère


Carte géologique très simplifiée de l'extrémité septentrionale du Vercors.
redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M.Gidon (1977), publication n° 074
légende des couleurs



cartes géologiques au 1/50.000° à consulter : feuille Grenoble

Noyarey

(Le Fontanil)

(Néron)
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Lans

Moucherotte

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