Mourre Froid, Diablée, Chargès

crêtes entre sources du Drac Noir et vallée de Réallon

Le sommet du Mourre Froid (2994) se trouve au point de convergence de trois arêtes rocheuses qui séparent le vallon des sources du Drac Noir, au nord, celui du Rabious, à l'est et celui de Chargès au sud-ouest. Toutes ces crêtes appartiennent à la nappe du Parpaillon, élément supérieur des nappes de l'Embrunais, qui est formée par la très épaisse et monotone répétition des strates du flysch à Helminthoïdes*.

 Les deux vallons du Rabious et de Chargès, qui drainent le revers méridional de ce groupe montagneux sont l'un comme l'autre ceux d'affluents de la Durance. Mais le premier se jette directement dans cette rivière au niveau de Châteauroux tandis que le second ne le fait qu'après un trajet en zigzag : en effet il s'écoule d'abord vers le NW, c'est-à-dire en direction opposée, avant de changer de direction à 180° en amont du village des Gourniers en contournant l'éperon du Laus (voir la page "Réallon"). D'autre part si le cours supérieur du torrent de Chargès et le cours principal de celui du Rabious sont orientés à peu près selon l'axe (NW-SE) des plis, par contre le cours supérieur du Rabious se coude aux abords du sommet du Mourre Froid pour leur être orthogonal (NE-SW).


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Les confins nord-occidentaux des montagnes de l'Embrunais (vallée du Drac Noir), vus du SW, d'environ 8000 m, depuis un avion de ligne (cliché original obligeamment communiqué par M. Marcel Lemoine) .
Ø = surface de chevauchement des nappes de l'Embrunais ; le coude décrit par le torrent de Chargès, autour de l'éperon du Laus, est bien visible dans l'angle inférieur droit du cliché.

La crête nord-occidentale du sommet du Mourre Froid ferme du côté nord le large cirque de Chargès.

Entre le sommet et le Col de la Règue, ainsi qu'en contrebas de cette crête (en rive droite du vallon), passe une bande de couches froissées, globalement synclinale : elle s'avère correspondre au synclinal de l'Hivernet. Les pentes inférieures de ce versant ainsi que celles du versant opposé sont par contre essentiellement formées par des couches du flanc SW de ce même synclinal (elles sont pentées dans le même sens que le versant sud du vallon et représentent le flanc NE du pli suivant qui est l'anticlinal du Barle).
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Le vallon de Chargès
, vu du NW depuis le sommet de la Diablée (cliché original obligeamment communiqué par M. Alain Gleize).
Les deux tiers droits de l'image ne montrent que les bancs monotones du flysch à Helminthoïdes calcaire appartenant au vaste flanc nord-oriental de l'anticlinal du Barle (a.B). Dans le fond du vallon, en contrebas du col de la Règue, le ravinement a disséqué ces couches en multiples petits crêts* à regard vers le SW, dont le revers NE tend à se dégager en dalles structurales ; ils dirigent en bonne part le tracé plus ou moins sinueux des petites ravines torrentielles du versant.
Les replis de l'anticlinal du Rabious (a.R) et du synclinal de l'Hivernet (s.Hi) affleurent dans le talus garni d'éboulis du revers droit (sud) de la crête ouest du Mourre Froid ; mais ils y sont mal visibles et le dessin qui en est donné ici est plutôt symbolique qu'exact. Ces deux grands plis sont, par ailleurs, l'un et l'autre assez peu accusés, du fait qu'ils s'amortissent vers le haut au sein de la succession du flysch.

Du côté NW, en aval du lieu-dit Chargès, le cirque se ferme, le torrent s'engageant entre les abrupts de la Pointe de la Diablée (voir plus loin dans la page) et ceux de l'éperon qui descend de la crête du Laus vers le nord, formés par les grès de base du flysch à helminthoïdes, qui sont plus résistants que le flysch calcaire.

Cette fermeture aval du cirque de Chargès apparaît liée au fait que son thalweg est traversé transversalement par la faille du Laus. En effet c'est elle qui occasionne, par le surhaussement de sa lèvre ouest, le retour à l'affleurements du flysch gréseux. Cette grande cassure orientée NNE-SSW et fortement pentée vers l'est, est la plus importante et la plus occidentale des failles qui traversent le chaînon de la Tête de Lucy (voir la page "Réallon"). La surface de cette cassure a été reprise, voire dénudée à peu de chose près, par l'érosion, car, tant au sud qu'au nord du torrent, son tracé suit l'alignement des pentes à regard est qui ferment le cirque du côté occidental.

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Le vallon de Chargès vu du SW depuis le Piarra (cliché original obligeamment communiqué par M. Alain Gleize).
f.L = faille du Laus (vue pratiquement d'enfilade) ; f.Ca = faille de la Cabane (voir la page "Terres Blanches") ; a.R = anticlinal du Rabious ; s.H = synclinal de l'Hivernet (dessin symbolique).

Du côté méridional du vallon cette faille traverse à son extrémité ouest la crête qui ferme le cirque de Chargès, là où elle est tranché par la vallée du Torrent de Réallon en amont des Gourniers.

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Les crêtes du Laus
, vues du NW, depuis les abords du col du Barle (cliché original obligeamment communiqué par M. Alain Gleize).
f.L = faille du Laus ; f.b = faille satellite, de mêmes caractéristiques mais mineure.
En arrière de la faille du Laus la bande de schistes versicolores du cœur de l'anticlinal du Barle commence seulement à affleurer à l'extrême bord droit du cliché : cela permet d'apprécier la valeur du rejet horizontal le long de la faille.

 C'est vraisemblablement le passage de cette faille qui a induit l'orientation NNE-SSW des abrupts qui tombent sur cette vallée. Elle détermine en tous cas les escarpements du versant occidental du Piarra, qui dominent du côté oriental la cuvette suspendue du Laus (cliché ci-dessus). Le petit lac qu'héberge ce site est creusé dans la bande de schistes noirs du cœur de l'anticlinal du Barles et ses eaux retenues à la faveur de leur imperméabilité : cette bande s'élève jusque là en diagonale depuis la gorge du torrent de Chargès, en suivant le bord supérieur des abrupts de rive gauche de la vallée, mais elle s'interrompt là, tranchée par la faille du Laus, au pied des escarpement du Piarra. Du côté est de la cassure on la retrouve, plus au sud, à flanc de versant au dessus de la vallée de Réallon. Ce décalage N-S, de l'ordre de 1 km, montre que la faille du Laus possède un fort rejet horizontal de décrochement dextre

L'importance de la faille du Laus est indiquée par le fait qu'elle se prolonge longuement de part et d'autre du vallon de Chargès. De fait, au sud du Laus cette faille traverse la vallée de Réallon en aval des Gourniers (voir la page "Réallon" et la carte en fin de page) et se prolonge sans doute jusqu'au col de la Gardette (massif de Chabrières). En direction opposée, du côté nord du col de Chargès sur la crête Mourre Froid - Reyna, cette faille du Laus semble s'amortir en se partageant en plusieurs branches, notamment celle de Pellegrine et celle de la Cabane (voir les pages "Prapic" et "Terres Blanches").

Au nord du col de Chargès la crête du Mourre Froid se poursuit en direction du NW jusqu'au sommet de la Reyna où elle s'infléchit pour se prolonger orthogonalement par celui du Garabrut.

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Les crêtes de rive gauche du cours supérieur du Drac Noir
, vues du N-E depuis l'altitude de 2350 sur le sentier des Terres Blanches (cliché original obligeamment communiqué par Mr. B. Genre).
a.R = charnière de l'anticlinal du Rabious (masquée sous les éboulis) : son axe rentre dans la montagne vers la gauche sous un angle très aigu : il s'avère orienté N160 ) ; f.Ca = faille de la Cabane ; f.Pe = faille de Pellegrine ; s.H = synclinal de l'Hivernet (replis de sa charnière : son flanc inverse est enlevé par l'érosion) ; ØP = surface de charriage de la nappe du Parpaillon ; s0 = disposition du pendage des strates.
Les deux failles indiquées sont les prolongements probables de la faille du Laus : elles surélèvent leur lèvre droite (il en résulte que le plan axial du synclinal de l'Hivernet

Jusqu'au col de Chargès la crête NW du Mourre froid ne coupe pas les axes des grands plis mais s'allonge parallèlement à eux, de sorte que l'axe du synclinal de l'Hivernet court le long de son revers méridional (voir plus haut).

Par contre au NW du col de Chargès le décalage dextre et verticale induit par le passage de la faille du Laus repousse la charnière du synclinal de l'Hivernet plus vers le NE en même temps qu'il la surélève. Cela a pour conséquence que son plan axial semble passer par dessus celui de l'anticlinal du Rabious qui normalement se déverse par dessus lui.

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Les replis du versant sud-oriental de la pointe de Reyna, vus du SSE, depuis les abords de la Cabane de la Barre (2203) du vallon du Drac Noir (cliché original obligeamment communiqué par Mr. B. Genre).
En dessous de la cote 2500 les couches de flysch à Helminthoïdes calcaire sont superposées sub-horizontalement, presque sans repli, donc en succession normale, au dessus du flysch gréseux du pied des escarpements (hors du champ du cliché : voir panorama ci-dessus). On peut penser que le grand repli supérieur, qui est un synclinal ouvert vers le SW, représente le cœur du grand synclinal de l'Hivernet : en effet il semble bien se placer dans le prolongement sud-oriental du synclinal supérieur visible sur la face NW du Garabrut, face disposée presque symétriquement (en miroir) par rapport à à celle visible ici (voir la page "Archinard").
Les axes de plis rentrent "en biais" de gauche à droite dans le versant de l'abrupt principal, qui est orienté presque N-S: ils semblent avoir une orientation voisine de N130.


C'est à la faveur de cette disposition que la charnière du synclinal de l'Hivernet est tranchée sur le versant du Drac par la face sud-est de la Pointe de Reyna, qui est orientée assez orthogonalement à l'axe des plis pour qu'ils s'y dessinent : on y observe en fait de nombreux plis de dimensions décamétriques à pluri-hectométriques, dont les axes s'avèrent effectivement être orientés NW-SE. La disposition de ces replis par rapport à la polarité des couches porte à conclure qu'il s'agit essentiellement de ceux du flanc normal, inférieur, du grand synclinal de l'Hivernet : les couches de ce flanc ont pratiquement seules été respectées par l'érosion, alors que le flanc inverse de ce pli, étant situé plus haut que le niveau de la crête, a été enlevé par l'érosion.

Du côté ouest de la crête principale Mourre Froid - Reyna se détache une courte arête secondaire qui culmine au sommet de la Diablée (2928 m).

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La face sud-occidentale de La Diablée (rive droite du torrent de Chargès au niveau de la cabane de Pré d'Antoni), vu du SW depuis la montagne de Gourniers (vallon descendant du col du Barle) (cliché original obligeamment communiqué par M. Alain Gleize).
s.Hiv = synclinal de l'Hivernet : on a figuré symboliquement l'un de ses replis (voir la face opposée de la montagne en fin de page).


 Ce sommet, dénommé localement de très longue date "La Dublée", est la montagne emblématique du Réallonais.

Sa face sud-occidentale, de forme pyramidale, montre bien la constitution de l'épaisse succession des couches du flysch à Helminthoïdes de la nappe du Parpaillon. Disposées en succession normale, sans accident tectonique, elles y affleurent sur plus de 1000 m de dénivelée. Elles constituent là le flanc normal (nord-oriental) de l'anticlinal du Barle, dont les couches les plus élevées sont enlevés par l'érosion à l'aplomb du sommet. Ce sont elles qui sont conservées plus au nord-est, à la Pointe de Reyna, où elles sont affectées par le cœur du synclinal de l'Hivernet (voir cliché plus haut).

Du côté SE du sommet du Mourre Froid son versant oriental est entaillé par le ravin supérieur du Rabious qui en donne une coupe pratiquement transversale. Elle montre que les couches du sommet sont affectées de plissotis de flanc normal qui correspondent sans doute au début du flanc oriental de l'anticlinal du Rabious (voir aussi à ce sujet la page "Vautisse").

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Le versant sud-oriental du Mourre Froid, vu par dessus la crête du col de Reyssas, depuis le Mont Saint-Guillaume (cliché original obligeamment communiqué par M. Alain Gleize).
Il est malaisé de séparer, dans la cascade de replis qu'entaille le haut vallon du Rabious, ceux qui se rattachent plus précisément à l'anticlinal du Rabious ou au synclinal de l'Hivernet, dont le cœur est en majeure partie masqué par la crête de Vallon Pion.


 


consulter l'aperçu structural général sur les montagnes de l'Embrunais

Carte géologique simplifiée
redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M.Gidon (1977), publication n° 074
cartes géologiques à 1/50.000° (*) à consulter : feuille Orcières et Chorges.

Prapic

Terres Blanches

(Gaulent)
Orcières

LOCALITÉS VOISINES

Couleau ; Vautisse

Archinard

Réallon

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