Mont Guillaume, Tête de l'Hivernet

montagnes de rive droite de la Durance aux abords d'Embrun (entre la vallée de Réallon et Châteauroux)

La lourde croupe du Mont Guillaume domine du côté ouest le village de Puy Saint-Eusèbe, situé à l'entrée de la vallée de Réallon, et du coté nord-ouest la ville d'Embrun. Ses pentes supérieures sont formées par le flysch à Helminthoïdes de la nappe du Parpaillon et son soubassement par les Terres Noires autochtones. Les unités de matériel briançonnais et subbriançonnais y sont réduites à des écailles disjointes, incluses dans une bande intercalaire de terrains où le flysch noir est prédominant. Cette dernière, épaisse de 100 à 300 m, court à flanc de versant, à peu près au niveau de sa rupture de pente mais n'est guère observable que dans les ravins ou sur quelques échines saillantes, en raison de l'extension des nappes d'éboulis qui garnissent le pied des abrupts de flysch.

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Le versant occidental du Mont Guillaume, vu du sud-ouest, depuis les abords de Pontis.
ØsB = surface de chevauchement basale des nappes de l'Embrunais (unités subbriançonnaises) ; ØP = surface de chevauchement de la nappe du Parpaillon ; f.R = faille de Reyssas (plus de détails en fin de page), qui traverse le versant en biais à flanc de pente, en sectionnant ses ravins.
Au sein des Terres Noires d'avant-plan on trouve quelques témoins des niveaux supérieurs (Argovien et Séquanien), ainsi que des conglomérats d'âge crétacé supérieur (c.br), qui s'intercalent en lames pentées vers l'E-NE : ils témoignent d'une imbrication* d'écailles parautochtones*, dispositif qui augmente d'ailleurs l'épaisseur apparente des Terres Noires. Ces écailles de Prunières-Pontis (éc.Pr), de Savines (éc.Sa) et de Saint-Apollinaire (éc.sA) se sont avancées vers l'ouest, en recouvrement sur l'autochtone sensu stricto, sans doute par un effet d'entraînement induit par la charriage des nappes d'origine interne.


Cette limite entre les nappes de l'Embrunais et leur autochtone se situe aux environs de 1500 m d'altitude. La rupture de pente correspondant à cette altitude est d'ailleurs accentuée par le fait que c'est aussi à ce niveau que culminent les alluvions glaciaires wurmiennes qui garnissent le bas versant (voir à ce sujet les pages "Embrun" et "Les Orres").

Deux particularités structurales de la montagne méritent enfin d'être signalées :
1 - La présence d'une importante cassure N-S, à lèvre orientale abaissée: cette faille de Reyssas tranche tout l'empilement des unités charriées, ainsi que la surface basale des nappes de l'Embrunais. Elle est sub-verticale et a sans doute joué en décrochement car elle décale tous les contours cartographiques dans le sens dextre (ce qui est conforme à son rejet vertical apparent si l'on considère le pendage vers l'est des surfaces qu'elle recoupe).

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Le versant occidental du Mont Guillaume (rive gauche du vallon de Reissas), vu de l'ouest depuis la Croix du Vallon (Aiguilles de Chabrières).
n.P = nappe du Parpaillon ; Br = écailles de materiel briançonnais ; sBi = unité subbriançonnaise inférieure (riche en flysch noir) ; aut. = autochtone (Terres Noires).
f.R = faille de Reyssas (noter le décalage dextre qu'elle fait subir à la surface de base de la nappe de flysch à Helminthoïdes du Parpaillon) ; a.B = anticlinal du Barle ; s.E = synclinal d'Eslucis ; a.C = anticlinal du Cros de Coni (le dessin de ces plis est étiré et aplati par rapport à la réalité de leur forme parce que leurs axes sont coupés peu obliquement par ce versant, qui est orienté NW-SE).


Au sud de Puy Saint-Eusèbe (plus précisément de Puy Sanières) on perd le tracé de cette faille du Reyssas au sein des Terres Noires de la vallée de la Durance (voir le premier cliché de la présente page) ; mais le prolongement de son tracé vers le sud conduit presque à l'évidence à le retrouver dans celui de la faille de Montmirail (voir la page "Boscodon"). Il s'agit donc assez vraisemblablement de l'extrémité septentrionale du faisceau de cassures qui se poursuit au delà, par le secteur de la Montagnette, jusqu'à traverser la partie aval de la fenêtre de Barcelonnette.

2 - La structure en plis couchés du flysch à Helminthoïdes du Mont Guillaume : elle est bien visible sur la coupe naturelle, orthogonale à ces plis, que donne le versant sud-oriental de la montagne qui tombe sur Embrun et la vallée de la Durance (voir aussi la coupe ci-après).

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Le Mont Guillaume et Embrun, vus du sud-est depuis Saint-Sauveur.
ØsB = surface de chevauchement basale des nappes de l'Embrunais (unités subbriançonnaises) ; ØP = surface de chevauchement de la nappe du Parpaillon. ; cgl.quat. = conglomérats de la terrasse d'Embrun.
s.G
= synclinal des Gourniers; a.C = anticlinal du Cros de Coni ; a.B = anticlinal du Barle.


On observe plus précisément, au Mont Guillaume, deux anticlinaux couchés ; l'inférieur (anticlinal du Cros de Coni) n'est en fait qu'un repli du supérieur, l'anticlinal du Barle, pli majeur dont on suit la trace axiale sur plus de 10 km dans le flanc septentrional de la vallée de Réallon, jusque sous le sommet du Barle (voir la page "Réallon"). Du côté NE ce grand pli est séparé de l'anticlinal couché suivant, celui du Rabious, par un synclinal de l'Hivernet, lui aussi affecté de replis (voir la page "Vautisse").
En rive opposée de la Durance l'anticlinal du Barle se prolonge sans doute par celui du Boussolenc, dont le plan axial traverse ensuite le massif du Grand Bérard pour réapparaître sur le versant Ubaye, où il est souligné par la bande de schistes noirs de la Tête de Crouès (voir la page "Jausiers").

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Le versant sud-oriental de la Tête de l'Hivernet (au nord d'Embrun), vu du sud-est depuis le village de Saint-Sauveur (suite, vers la droite, du paysage précédent).
ØsB = surface de chevauchement basale des nappes de l'Embrunais (unités subbriançonnaises) ; ØP = surface de chevauchement de la nappe du Parpaillon ; les affleurements de Bajocien de Saint-Sornin correspondent à un anticlinal d'axe à peu près N-S.
s.H = synclinal de l'Hivernet ; a.R = anticlinal du Rabious.


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La Tête de l'Hivernet et le vallon de Soleil Bœuf
, vue plus rapprochée, de l'est, d'avion.
On distingue plusieurs charnières secondaires qui ont une polarité typique d'un flanc inverse (dans l'hypothèse de plis déversés de la droite [NE] vers la gauche [SW]) (voir le schéma général et comparer, à titre d'exemple, à la photo du Barle).
s.H = synclinal de l'Hivernet (la charnière représentée est symbolique car elle n'est pas visible) ; a.R? = anticlinal du Rabious (la charnière visible ici n'est peut-être pas la principale du pli et correspond peut-être encore à un repli de flanc inverse).



coupe de la rive droite de la Durance aux environs d'Embrun (extrait retouché de la carte Embrun 2° éd.)
de bas en haut : ØE = surface de chevauchement des nappes de l'Embrunais ; fn = flysch noir des unités subbriançonnaises (en vert émeraude : écaille de Jurassique supérieur- Crétacé inférieur de Roche Rousse) : flysch éocéne olistolitique (formation de Saint-Clément) et Br = écaille de matériel briançonnais.
s.cV = schistes noirs et pourpres du col de Vars (formation basale du flysch à Helminthoïdes) ; f.Hg = flysch à Helminthoïdes inférieur, gréseux ; f.Hc = flysch à Helminthoïdes calcaire (masse principale).


À l'ouest de la crête qui, depuis le Mont Saint-Guillaume jusqu'à la Tête de l'Hivernet, domine la vallée de la Durance, se déploie le haut espace des alpages montagneux de Reyssas et du Lac Brun : il s'intercale entre la crête prédédente et celle d'Eslucis - Mourre Froid et culmine au Pic de Pié Brun en faisant le pont entre le vallon de Réallon au sud et celui du Rabious au nord.

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Les hautes crêtes au NE de Réallon vues du SE depuis le sommet nord du Mont Guillaume (point 2623) (cliché original obligeamment communiqué par Mr. B. Genre).
a.B = anticlinal du Barle ; s.Hi = synclinal de l'Hivernet ; a.R = anticlinal du Rabious ; f.R = faille de Reyssas.
En premier plan : gros bancs jointifs de la base du flysch à Helminthoïdes (flanc inverse, méridional, de l'anticlinal du Barle : noter l'inclinaison des bancs, à 45° vers le NE).


Ses crêtes et vallonnements sont entièrement sculptés dans le flysch à Helminthoïdes de la nappe du Parpaillon. Plus précisément elles sont essentiellement constituées par le flanc normal de l'anticlinal du Barle, qui garde longuement une disposition monoclinale et dont la monotonie n'est rompue que par le décalage en décrochement dextre qu'y introduit la grande faille de Reyssas.

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Le versant nord-occidental du Mont Guillaume, vu de l'ouest depuis le Casset (cliché original obligeamment communiqué par Mr. Alain Gleize).
a.B = anticlinal du Barle ; s.E = synclinal d'Eslucis ; a.C = anticlinal du Cros de Coni ; s.E = synclinal des Gourniers ; f.R = faille de Reyssas (elle passe en arrière du Serre du Corbeau).
Le vallon de la Baume et celui du Casset, qu'il prolonge au prix du décalage dû à la faille de Reyssas, sont de typiques combes* ouvertes par l'éventrement de la voûte résistante d'un pli anticlinal (constituée ici par les grès du flysch à Helminthoïdes).


Un trait marquant du relief de ce secteur est l'abaissement par l'érosion de la forte barre gréseuse de la partie inférieure du flysch à Helminthoïdes, qui arme pourtant, de part et d'autre, les crêtes couronnant le versant nord du vallon de Réallon, d'une part à la Tête d'Eslucis du côté ouest et d'autre part au Mont Guillaume, à l'est. Entre ces deux parties de la montagne cette barre gréseuse est profondément entaillée par la large échancrure qu'emprunte le thalweg du torrent de Reyssas.

Il apparaît que cette entaille a dû être originellement guidée par le tracé de la faille de Reyssas, comme en témoigne la partie amont de son cours, qui est calquée sur ce tracé ; mais il est clair qu'à l'occasion de son creusement le cours du torrent a été dévié lorsqu'il a atteint la bande des schistes argileux du vallon de la Baume, a suivi cette dernière et s'est écarté franchement ainsi du tracé de la faille : cela explique le coude en baïonnette qu'il décrit au total pour reprendre un trajet dirigé vers le SW lorsque ses eaux rencontrent celles provenant, symétriquement, du vallon du Casset (cette direction vers le SW s'écarte sensiblement de celle, presque N-S, de la faille ; elle ne correspond en outre à aucun accident tectonique : c'est simplement celle de la plus grande pente du versant nord de la vallée de Réallon).

consulter l'aperçu structural général sur les montagnes de l'Embrunais


Carte géologique simplifiée des environs d'Embrun
redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M.Gidon (1977), publication n° 074

cartes géologiques au 1/50.000° à consulter : feuille Embrun.

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