Carte géologique à 1/50.000°, feuille Aiguille de Chambeyron
Extrait de la notice (texte rédigé par M.GIDON)
GÉOLOGIE STRUCTURALE
1 . LA ZONE BRIANÇONNAISE


contenu des autres pages :
VUES GÉNÉRALES
1. LA ZONE BRIANÇONNAISE (cette page)
2. LA ZONE PIÉMONTAISE
3. LA ZONE DES NAPPES DE L'EMBRUNAIS-UBAYE
4. HISTOIRE GÉOLOGIQUE
5. DONNÉES ANNEXES
6. DESCRIPTION DES TERRAINS

1 . LA ZONE BRIANÇONNAISE

sommaire :

A/ Structure d'ensemble
- 1. Les structures tardives
- 2. La fracturation précoce, synsédimentaire :
- 3. La structuration fondamentale, par charriages :
B/ Unités élémentaires ("nappes briançonnaises")

- 1. Nappes externes
- 2. Nappes médianes
- 3. Nappes internes
- 4. écailles intermédiaires

A/ Structure d'ensemble


(figure agrandissable)

Carte structurale schématique du Massif de Chambeyron.

Les couleurs, totalement arbitraires, sont les mêmes que pour le massif d'Escreins.
Les unités tectoniques distinguées par ces couleurs sont, du sud-ouest au nord-est :
Au = couverture sédimentaire autochtone ; Cr = socle cristallin autochtone ; SB = Unités subbriançonnaises
Nappes de Flyschs de l'Embrunais : Pa = nappe du Parpaillon (flysch à Helminthoïdes) ; Se = unité de Serenne (flyschs argileux) et ol = son complexe olistolitique basal : Ey = Unité de l'Eyssilloun (flysch à dominante gréseuse).
Nappes briançonnaises, à semelle siliceuse du Houiller - Trias inférieur prédominante [s] ou formées seulement de carbonates du Trias moyen au Paléocène) [c] :
RP = nappe de Rocca Peroni [c] ; Ro = nappe du Rouchouze [c] + (grisé) [s] ; St = nappe de Sautron [c] + (grisé) [s] ; Ch = nappe du Châtelet [c] ; FS = nappe de la Font-Sancte [c] (à laquelle se rattache hypothétiquement la klippe du Brec) ; AC = nappe des Aig. de Chambeyron [c] ; Ma = unité de Marinet [s] ; aM = unité des andésites de Marinet [s] ; CC = bande de Ceillac-Chiappera [c]; Pr = unité de Preit [s] ; Ro = unité du Roure - Chapelue [s] ; Co = unité de Combe Brémond [s] ; Ac = unités de l'anticlinal d'Acceglio [s].
Domaine piémontais : SL = unités de schistes lustrés.
Grandes cassures longitudinales : f.B = faille de Bersezio ; f.R = faille du Ruburent. Le tracé de la faille de Ceillac, dépourvu de sigle, passe par Maurin et Chiappera.


1. Les structures tardives

La zone briançonnaise s'avère découpée longitudinalement en grandes lanières par des structures apparues tardivement par rapport aux charriages. Ces structures tardives méritent d'être décrites en premier car ce sont elles qui sont le plus visibles au premier examen.


Schéma interprétatif général, montrant les étapes successives de déformation.
1 = mouvements de charriage précoces proverses (vers le SW)
2 = étape de généralisation des charriages proverses
3 = chevauchements proverses tardifs
4 = chevauchements rétroverses (vers le NE), par failles tardives.
On a indiqué la répartition des nappes briançonnaises en 3 groupes (répartition utilisée pour leur description) par rapport aux grands anticlinaux (post-nappes) qui les replissent.
On a délibérément omis de représenter les failles de Bersezio et du Ruburent, qui sont postérieures aux mouvements de rétrodéversement.

Légende des figurés : grisé léger hachuré de blanc = Schistes lustrés (sans distinction) ; grisé sombre = socle siliceux briançonnais (surcharge de points = houiller et volcano-sédimentaire permien) ; hachures verticales = couverture calcaire briançonnaise (Trias-Jurassique) ; blanc = Néocrétacé - Éocène briançonnais ; points et ronds = schistes et flyschs de l'Embrunais-Ubaye.


Ce sont d'abord trois vastes voûtes antiformes, allongées WNW-ESE, savoir, du SW vers le NE : l'anticlinal du Rouchouse, l'anticlinal de Marinet et l'anticlinal d'Acceglio (séparé du précédent par le synclinal du Val Mollasco, au N d'Acceglio.
Ces grands anticlinaux affectent tout ou partie de l'empilement des nappes. Ils sont plutôt déjetés vers l'E, et ce d'une façon d'autant plus accusée qu'ils sont eux-mêmes plus orientaux. Les deux premiers s'allongent à peu près parallèlement l'un à l'autre ; au contraire les deux derniers se rejoignent vers le S, selon un angle d'une trentaine de degrés, car ils sont tronqués en biseau par la faille de Ceillac (voir ci-après).

Ce sont ensuite trois grandes failles :
- la faille du Ruburent. Il s'agit pratiquement du prolongement méridional de la faille de la Durance (feuille GUILLESTRE). Elle manifeste encore de nos jours une activité sismique (séisme du 5.4.59). Cette faille, subverticale et dotée d'un rejet à la fois normal et coulissant dextre, sectionne longitudinalement, à la marge W de la Zone briançonnaise, l'anticlinal du Rouchouze. Elle est relayée du coté W par la faille de Bersezio qui pénètre jusque dans le massif cristallin de l'Argentera (feuille LARCHE).
- la faille de Ceillac. Cet accident est en fait l'extrémité méridionale d'un grand linéament qui parcourt longitudinalement toute la zone briançonnaise à sa marge orientale, depuis Pralognan en passant par la vallée de la Clarée et le col Izoard. Il a eu un jeu relativement tardif car il recoupe des unités déjà rétrodéversées (toutefois il n'est pas exclu qu'il ait encore rejoué dans les étapes de rétrocharriage les plus tardives). Il possède (selon les points) un pendage sud-ouest moyen à fort, plus important que celui des différentes unités empilées, qui se biseautent donc contre lui (mais souvent sous un angle assez aigu, ce qui simule alors une imbrication).
Il pénètre sur la marge N de la feuille par le Col Tronchet puis passe à Maljasset, au col de Mary et atteint, au S d'Acceglio, la région de Preit (il s'y prolonge, ou y est relayé, au S des limites de la feuille, par une faille très similaire qui y a été qualifiée de "cicatrice de Preit"). Dans ce dernier secteur il sectionne les anticlinaux de Marinet et d'Acceglio, dont il juxtapose, en les biseautant, les unités empilées.
- La faille des Houerts passe peu à l'E du col de ce nom et traverse la vallée de l'Ubaye aux abords du débouché du vallon du même nom. Elle se suit ensuite vers le S en rive droite de la haute vallée de la Maira, à la limite des affleurements calcaires à l'W et siliceux à l'E, au moins jusqu'à la latitude d'Acceglio. Elle ne semble guère se poursuivre, vers le N, au delà de la limite N de la feuille (vallon d'Escreins).
Elle tranche tout l'empilement des nappes. Son pendage, dirigé vers le SW, est en général fort mais s'atténue vers le haut. Son rejet possède une nette composante de chevauchement vers le NE, attestée par des crochons hectométriques (Jurassique du flanc W du Pic de Panestrel, Permo-Trias du flanc W de l'anticlinal de Marinet, sur les deux rives de l'Ubaye, à La Blachière), ce qui porte à la ranger dans les structures de rétrodéversement les plus tardives.

2. La fracturation précoce, synsédimentaire :

Des fractures extensives qui ont fonctionné durant le dépôt des couches du Jurassique et du Crétacé ont été signalées en différents points, notamment au S de Fouillouse dans les falaises des Passets (fonctionnement anté-Malm), à la Rocca Blanca et à la Meyna.
Les exemples les plus spectaculaires s'observent dans le chaînon de la crête de Vallon Laugier - Pic des Houerts. Là ces failles dessinent un réseau d'entrecroisements entre deux familles respectivement NNE-SSW et E-W, l'une et l'autre cachetées au Malm puis au Crétacé supérieur (avant de rejouer postérieurement au charriage des nappes).
Le jeu de failles NW-SE comportant un abaissement important de leur compartiment nord-oriental semble attesté par le repos transgressif des "marbres en plaquettes" néocrétacés, voire du flysch noir, sur la tranche de bancs anisiens, aux abords du col des Houerts et en rive gauche du vallon de la Sellette. Ce système de fractures est maintenant sectionné par une surface tangentielle de rétrocharriage mais l'emplacement même de cette dernière a vraisemblablement été prédéterminé par l'existence même de ces cassures extensives.
D'autres failles NW-SE à rejet de même sens traversent dans toute sa longueur le massif d'Escreins. Elles sont déformées par les mouvements de rétrodéversement mais il est moins certain que leur jeu soit antérieur au charriage, aucune preuve de la transgressivité des marbres en plaquettes sur la surface de faille n'ayant été observée là.
On peut évidemment envisager que la localisation des lignes de séparation des unités tectoniques successives soient originellement celle de telles failles extensives. Ces dernières seraient responsables des changements parfois brutaux dans la séquence des couches post-triasiques, qui permettent souvent de distinguer les unités les unes des autres, et auraient été ultérieurement reprises en chevauchements (inversion). Il ne s'agit toutefois guère encore que d'une hypothèse insuffisamment étayée.

3. La structuration fondamentale, par charriages :

En fait ces voûtes anticlinales et ces failles affectent un empilement de nappes superposées. Ces dernières peuvent être réparties, dans la majorité des cas, entre deux catégories, selon qu'elles ont été découpées dans la "semelle siliceuse" de la zone (Carbonifère à Trias inférieur) ou dans sa couverture calcaire (Trias moyen et reste de la série). En effet il est commun d'observer le décollement de ces deux ensembles, à la faveur du niveau des gypses et argilites du Werfénien supérieur. Toutefois, plus exceptionnellement (essentiellement du fait de l'absence stratigraphique des gypses werféniens), la série calcaire a pu rester "adhérente" à sa semelle siliceuse, ce qui est le cas dans les unités du coeur de l'anticlinal de Marinet et dans les unités les plus élevées des bandes du Roure et d'Acceglio (ces dernières appartenant au domaine "ultrabriançonnais").
La plupart de ces nappes s'étaient comportées originellement, lors de leur mise en place, comme des dalles relativement rigides, glissant les unes sur les autres ; toutefois cela n'excluait pas le développement de plis, de différentes tailles, présents notamment dans les formations les moins compétentes, tant à l'occasion de cette mise en place que dans des étapes ultérieures de déformation.
Sur les coupes ainsi que sur le schéma structural, les unités tectoniques ont été individualisées (par une teinte ou une notation spéciale) au niveau de la semelle siliceuse et de la couverture carbonatée triasico-jurassique. Par contre les terrains néocrétacés à paléogènes, qui constituent le reste de la couverture, n'ont été représentés que comme un ensemble autonome indifférencié. Cela est justifié par le fait que, dans ces dernières formations, il n'y a pas assez de repères lithostratigraphiques pour pouvoir suivre le tracé des limites séparant les unités tectoniques. De ce fait ces terrains semblent (sans doute de façon illusoire) jouer le rôle d'une sorte de tissu conjonctif emballant les diverses unités reconnues dans les formations plus anciennes.

B/ Les unités élémentaires ("nappes briançonnaises")

Les diverses unités qui peuvent objectivement être distinguées sont décrites ci-après en suivant l'ordre originel présumé de leur succession paléogéographique, des plus externes aux plus internes. Cet ordre découle d'une reconstitution essentiellement basée sur la géométrie de leur empilement actuel. Une certaine marge d'incertitude subsiste cependant, en raison surtout de l'importance jouée par les mouvements de rétrocharriage (susceptibles de ramener une unité externe sur une autre plus interne), au cours de l'édification de l'empilement actuellement observable.

Pour plus de clarté on répartira ces unités en plusieurs ensembles, en utilisant pour critère leurs relations vis-à-vis des anticlinaux tardifs qui les affectent et on regroupera les moins importantes en les considérant comme des digitations d'un nombre plus réduit de nappes élémentaires. Les fig.7a et la fig.7.b montrent les relations objectives entre les principales de ces unités, telles qu'on les voit dans la coupe naturelle de la gorge de l'Ubaye. C'est en effet cette coupe qui constitue la clé principale d'interprétation de la structure de la zone.

 

1. Nappes externes

Ce sont les plus occidentales et les plus basses de l'empilement, qui sont enroulées par les deux anticlinaux de nappe les plus occidentaux (A. du Rouchouze et A. de Marinet). Elles n'affleurent que peu, ou pas du tout, au N de la vallée de l'Ubaye.
On peut les répartir en deux groupes :

1°/ Unités enroulées par l'anticlinal du Rouchouse

Ces nappes affleurent seulement à la marge S de la feuille, dans les montagnes de rive droite de l'Ubayette. Elles sont recoupées par la faille du Ruburent qui surélève leur partie W, la plus frontale. Les structures rétrodéversées ne s'y manifestent guère que par le redressement de leurs portions les plus internes, qui deviennent à peu près verticales sur le versant italien. Sous l'angle stratigraphique elles ne se caractérisent guère, vis à vis des unités plus internes, que par la présence seulement sporadique des calcaires du Malm et elles ne présentent entre elles aucun caractère distinctif. Sous le Dogger, le Trias moyen y est généralement complet et terminé par les faciès schisto-dolomitiques du Carnien et souvent par des brèches (Carnien ou Lias ?). Dans le cadre de la feuille elles ne comportent que des termes de la série calcaire.
- La Nappe du Rouchouse représente l'unité la plus basse affleurant sur le territoire de la feuille, où elle affleure au coeur de l'anticlinal du Rouchouse ; sur le territoire plus méridional de la feuille Larche elle se complète par une semelle siliceuse permienne et s'avère recouvrir à son tour une nappe encore plus basse, celle de Rocca Peroni. Il est à noter que l'on y observe le chevauchement direct de ses calcaires triasiques sur des nappes de matériel subbriançonnais : ceci est très différent de qui se passe dans la région de Briançon où les nappes calcaires les plus basses ont un puissant soubassement de matériel houiller.
- La nappe de Sautron repose sur la précédente aux abords de la crête frontière, où elle forme la voûte de l'anticlinal du Rouchouse. Il faut sans doute rapporter aussi à cette nappe une bonne partie des Marbres en plaquettes qui affleurent dans la gorge de l'Ubaye entre le Pont du Chatelet et le Pont voûté (Becs de la Grand Roche).

2°/ Unités enroulées par l'anticlinal de Marinet

Elles affleurent surtout bien dans la gorge de l'Ubaye, ainsi que plus au S, jusqu'en rive droite de la haute vallée de la Maira. Elles peuvent être rapportées à deux nappes principales :

- L'Unité de Marinet constitue la nappe inférieure, caractérisée par son matériel essentiellement siliceux et sa couverture adhérente réduite. Celle-ci comporte en outre souvent, directement au dessus des calcaires anisiens, un niveau de brèches dolomitiques (Ladinien atypique, Carnien, Lias ?) que le Malm recouvre en général directement et qu'il remanie souvent. Cette unité, qui occupe une grande surface sur le versant italien peut se subdiviser en trois digitations, dont les parentés restent assez marquées. Ce sont :
1. L'Unité principale de Marinet, qui affleure, dans la coupe de l'Ubaye, au coeur de l'anticlinal de Marinet et y fait donc figure d'autochtone relatif. Elle est par contre imbriquée sur la nappe de Sautron en rive droite de la haute vallée de la Maira et s'y clive en plusieurs digitations. Elle se caractérise par le repos presque direct du Verrucano sur le Carbonifère (vallon de Chillol). Sa couverture carbonatée n'est que partiellement et rarement conservée (vallon des Houerts, rive gauche du Valle del Maurin en amont de Chiappera), par suite d'une ablation tectonique.
2. L'Écaille des andésites de Marinet (="de Mary"), qui n'affleure que sur le flanc NE de l'anticlinal de Marinet, où elle s'imbrique sur la précédente. Elle s'en distingue par l'absence de Carbonifère visible et par la présence d'une puissante semelle andésitique (dans laquelle est ouverte la dépression des lacs de Marinet). Sa couverture carbonatée est d'épaisseur très variable par suite de réductions d'origine stratigraphique parfois très importantes (à la Tête du Sanglier, en rive droite de l'Ubaye le flysch noir repose sur une dizaine de mètres seulement de marbres en plaquettes eux mêmes transgressifs sur 2 m. de Trias calcaire). Enfin, en plusieurs points (Col de Mary, versant SW du Monte Boulliagna), des observations récentes semblent montrer que le Trias calcaire y reposerait directement sur les andésites, par contact stratigraphique (ce qui serait un fait tout à fait exceptionnel en Briançonnais).
3. La digitation de Preit, plus élevée, qui n'apparaît qu'à la marge S de la feuille (Monte Midia).

- La nappe des Aiguilles de Chambeyron est la plus haute. Elle possède une série exclusivement carbonatée, caractérisée par une érosion antérieure au Malm qui a supprimé le Dogger et peut atteindre un niveau assez profond dans le Trias moyen. Les Marbres en plaquettes néocrétacés-éocènes y possèdent un fort développement relativement aux autres terrains de la série.
Elle n'affleure que sur le flanc SW de l'anticlinal de Marinet, où elle se trouve pincée entre la nappe précédente et celle de Sautron. De plus ses contacts tectoniques sont surtout rétrochevauchants. De ce fait il est difficile de savoir avec certitude quelle était sa position originelle : on peut envisager qu'elle ait été intermédiaire entre la nappe de Sautron et l'Unité principale de Marinet mais il est plus vraisemblable qu'elle soit d'origine plus interne que cette dernière. En ce cas on peut envisager qu'elle se soit située originellement soit au NE soit au SW de l'Ecaille des andésites de Marinet (= "de Mary"). La seconde hypothèse, qui a été retenue dans les plus récentes études, rend sans doute mieux compte de l'ordonnance des variations stratigraphiques (fig.5).
A cette nappe appartiennent trois digitations : Le corps principal forme les crêtes de l'Aiguille de Chambeyron et de Chillol. La digitation de Chauvet, plus basse, est présente dans la coupe de l'Ubaye et, de façon discontinue plus au S. La digitation du Sommet Rouge, la plus basse, n'existe guère qu'au N de cette rivière car elle se biseaute vers le S.

2. Nappes médianes

Elles sont relativement indépendantes des anticlinaux de nappes du Rouchouze et de Marinet, par suite de phénomènes de disharmonie (sans doute introduits par le fait que leur soubassement comporte un important coussinet calcschisteux). Elles se développent surtout au N des gorges de l'Ubaye (entre les villages de Serenne et de Maljasset), et peuvent se répartir en deux groupes assez distincts selon qu'elles affleurent plutôt au SW ou au NE de l'anticlinal de Marinet :

1°/ Unités coiffant les anticlinaux du Rouchouse et de Marinet

Elles sont constituées par deux nappes superposées, l'une et l'autre à série exclusivement carbonatée, qui plongent vers le SW et disparaissent par érosion, "en l'air", du coté NE, peu au delà de l'aplomb da la voûte de l'anticlinal de Marinet (plus au N, dans la région de Ceillac elles sont au contraire enroulées autour de ce pli).

- La nappe du Chatelet, la plus basse de ce groupe, affleure de part et d'autre du verrou aval de la gorge de la Haute Ubaye. Elle se distingue par une série jurassique relativement complète et épaisse (Dogger à couches basales charbonneuses et présence à peu près systématique de Malm à faciès de marbre de Guillestre au sommet de la barre calcaire jurassique). Le contact du Jurassique moyen sur le Trias se fait par l'intermédiaire de Carnien (suivi de brèches éventuellement liasiques), de façon comparable à ce qui s'observe dans les unités basales. Le Crétacé supérieur pélagique y est souvent peu épais ou absent du fait d'une ablation antérieure au dépôt discordant de la formation du Flysch Noir.
On lui rattache trois unités, en fait assez peu indépendantes :
1. L'Unité des Rochers de Saint-Ours, relativement externe et seulement séparée du corps de la nappe par la faille du Ruburent (qui la soulève). Elle semble représenter le front originel de la nappe et repose sur la nappe de Sautron par des écailles imbriquées ("écailles du ravin du Pinet", au NE de Saint-Ours) rattachables à l'une ou à l'autre.
2. La digitation du Brec de Chambeyron, relativement interne, est à peine séparée du corps principal de la nappe. Elle n'affleure qu'au S de l'Ubaye, où elle repose directement sur la nappe de Sautron.
3. La digitation de la Font Sancte, relativement interne également, affleure au N de l'Ubaye et n'est isolée du reste de la nappe que par une zone de chevauchements rétroverses (dirigés vers le NE) qui passe au col des Houerts. Sa série est d'ailleurs identique à celle du reste de la nappe, encore qu'elle se singularise, à sa marge orientale (versant E de la Font Sancte), par une érosion de plus en plus profonde du Ladinien : Ce dernier est alors remplacé par de puissantes brèches carniennes transgressives sur l'Anisien (ceci est analogue à ce que l'on observe dans l'écaille des andésites de Marinet (= "de Mary"), mais il ne semble pourtant pas y avoir eu de continuité originelle entre ces deux unités).
En rive droite de l'Ubaye cette digitation recoupe par une surface de rabotage les diverses unités inférieures. C'est vraisemblablement elle aussi qui constitue la klippe du Pas sud de Chillol, qui y repose sur l'écaille des andésites de Marinet (= "de Mary"), rabotée jusqu'à ses andésites.

- La nappe de Peyre Haute constitue l'élément sommital de l'édifice des nappes briançonnaises de l'Ubaye. Elle n'affleure qu'au N de l'Ubaye, sur les plus hautes crêtes aux limites NW de la feuille (Pic des Houerts et crête de Vallon Laugier). Uniquement formée de couverture carbonatée, elle se singularise par l'age norien de l'épaisse série calcaréo-dolomitique qui y supporte le Jurassique (ce dernier, enlevé par l'érosion dans les limites de la feuille, ne devient visible que plus au NW, aux environs de Vars).

2°/ Unités affleurant sur le flanc E de l'anticlinal de Marinet.

Elles constituent une entité complexe qui a été appelée la bande de Ceillac-Chiappera et qui est limitée du coté NE par la grande "faille de Ceillac". Cette dernière est une cassure longitudinale sans doute assez tardive car elle coupe en biseau les diverses unités empilées de part et d'autre.
La bande de Ceillac-Chiappera est apparemment dépourvue de semelle siliceuse et se signale par la place importante qu'y occupe la formation des Marbres en plaquettes. Le reste de la couverture calcaire est proche de celle de la nappe du Chatelet et plus précisément de celle de la digitation de la Font Sancte. En outre on observe, plus au N, dans la région de Ceillac, un raccord anticlinal (rompu au niveau de l'Ubaye par rétrochevauchement) entre cette digitation et la bande de Ceillac. Cette bande doit donc être considérée comme originellement immédiatement plus interne que la nappe du Chatelet.
La disposition tectonique des calcschistes néocrétacés (Marbres en plaquettes) y est difficile à démêler mais lorsque les entailles d'érosion montrent leur substratum ce dernier se révèle structuré en un éventail de plis à vergence NE (mais non renversés). Ces plis sont surtout visibles en rive droite de l'Ubaye, au voisinage des villages de Maurin, et dans le vallon de Tronchet. Les coeurs des anticlinaux ne montrent pas de termes plus anciens que les brèches post-ladiniennes (Carnien, Lias ?), d'ailleurs particulièrement épaisses.

Au S de l'Ubaye plusieurs unités de matériel carbonaté (parfois d'âge seulement antérieur au Néocrétacé) s'individualisent au sein de cette bande :
- Les écailles du vallon de Mary sont formées de lambeaux de Trias calcaire, dilacérés en lames d'épaisseur décamétrique et emballés dans une bande cicatricielle de gypses et de cargneules. Elles affleurent immédiatement au S de l'Ubaye, le long de la faille de Ceillac.
- L'Unité du Monte Boulliagna se développe sur le versant italien, au N d'Acceglio, où elle affecte la forme d'une amygdale de taille plurikilométrique. Elle est dotée d'une succession post-triasique complète, parfaitement semblable à celle de la nappe du Chatelet mais où les calcschistes néocrétacés n'ont qu'une importance modeste. Cette série est affectée de plis renversés vers l'Est, eux-mêmes sectionnés par des failles presque plates à vergence E (fig.8).
- La Bande carbonatée de Chialvetta, qui la prolonge au S de la Maira (cf fig.10), représente le témoin le plus méridional de la bande de Ceillac-Chiappera. Cette dernière s'effile en effet, à la limite S de la carte, entre des unités essentiellement constituées de matériel siliceux.

3. Nappes internes

On désignera ici sous ce nom le groupe des unités qui sont situées au NE de la "faille de Ceillac", aux confins du pays des schistes lustrés. La plupart sont caractérisées par l'importance particulière qu'y prennent les terrains de la semelle siliceuse par rapport à ceux de la couverture calcaire. Elles affleurent selon deux bandes distinctes qui convergent et se réunissent vers le S.

1°/ La Bande du Roure.

C'est la plus occidentale des deux. Elle représente toutefois, en Haute Ubaye, l'élément le plus oriental du domaine briançonnais proprement dit, où elle jouxte presque directement la zone piémontaise. Elle est globalement renversée et couchée sur cette dernière par rétrodéversement. Du coté W c'est par la faille de Ceillac qu'elle est en contact avec la bande de Ceillac-Chiappera.
La succession de la semelle siliceuse des unités qui constituent la Bande du Roure montre principalement des termes supérieurs aux anagénites et jamais de termes inférieurs à ces dernières ; la couverture est réduite, souvent avec un Trias carbonaté très érodé voire absent du fait d'érosions anté-Malm.
Cette bande est recoupée par l'Ubaye en amont de Maurin. Mais elle n'affleure que mal au fond de la vallée parce qu'elle y est biseautée tectoniquement, vers le bas, par l'accident de Preit (dont le pendage est plus fort). Elle se développe plus largement sur les pentes de la vallée, au N et surtout au S, où sa largeur d'affleurement s'accroît de plus en plus en allant vers l'Italie.

Au S de la vallée de l'Ubaye on y reconnaît les unités suivantes, en partant des unités les plus occidentales (donc originellement les plus basses et sans doute les plus externes) :
- L'Unité du Roure, presque exclusivement formée de semelle siliceuse mais couronnée par une bande de cargneules contenant des lambeaux de Trias calcaire,pincés sous le chevauchement de l'unité supérieure. Il s'agit sans doute des restes d'une série de couverture carbonatée plus complète (éventuellement en partie décollée et représentée par les unités de la bande de Ceillac-Chiappera).
On a proposé d'y distinguer deux digitations, l'écaille de la Spera et l'écaille de Cialancioun, cette dernière étant la plus interne. Mais ces unités ne semblent pas être séparées par de véritables discontinuités tectoniques et représentent plutôt des flancs de vastes plis déversés vers l'E, dont les axes (d'orientation N100 à N130) sont d'ailleurs sensiblement obliques aux limites de la bande du Roure.
- L'Unité de Combe Brémond à semelle siliceuse et mince couverture adhérente caractérisée par le caractère "ultrabriançonnais" de sa stratigraphie : repos du Malm (souvent chargé de détritique siliceux) sur un Trias profondément érodé, voire souvent sur les terrains permo-werféniens de la semelle siliceuse
(voir la page Maurin). Le tout est fortement plissé isoclinalement, ce qui confère aux affleurements de la couverture calcaire une géométrie en étroites lanières.
Deux digitations secondaires y ont été distinguées, mais elles ne correspondent également qu'à deux grands anticlinaux déversés à l'Est ; ce sont l'Unité du Monte Maniglia, relativement externe, dont la couverture comporte encore, sous le Malm, quelques décamètres de carbonates triasiques ("couches du Maniglia") et l'Unité de la Pointe Haute de Mary, plus interne, sans carbonates triasiques sous le Malm.

Au N de la vallée de l'Ubaye les terrains siliceux de la bande du Roure occupent une place plus restreinte. Cela est dû en premier lieu à ce que l'unité de Combe Brémond disparaît vers le N par biseautage, en rive droite du vallon Albert (comme on peut l'observer au point coté 2824 de la Crête du Rissace).
Elle chevauche là, par un contact maintenant renversé (fig.9), un ensemble qui parait attribuable à l'unité du Roure, bien que les terrains siliceux y occupent une place plus subordonnée. Il est surtout développé sur la feuille Guillestre, où il a été subdivisé en deux unités, l'Unité de Rasis, essentiellement constituée par du Jurassique et du Crétacé supérieur, et l'Unité de la Chapelue, dépourvue de ces terrains mais montrant une série carbonatée triasique ainsi qu'une puissante semelle siliceuse.
En effet l'une et l'autre se biseautent vers le S, avant d'atteindre la vallée de l'Ubaye (la première à la Crête du Rissace et la seconde entre le col Tronchet et Maljasset), entre l'unité de Combe Brémond et la faille de Ceillac. Or cette disposition est symétrique du biseautage qui affecte la semelle siliceuse de l'unité du Roure, contre le même accident, sur la rive opposée de la vallée de l'Ubaye. L'ensemble de l'Unité de la Chapelue et de celle de Rasis est en outre ployé en un synclinal ouvert vers l'Est, qui représente apparemment le crochon de son chevauchement par l'unité de Combe Brémond.

2°/ La Bande d'Acceglio - col du Longet.

Elle correspond aux affleurements les plus orientaux du Briançonnais interne. Elle est ployée par l'anticlinal tardif d'Acceglio, qui enroule tout l'empilement de ses unités constituantes. Elle n'affleure pas dans la coupe de l'Ubaye, hormis au Col du Longet lui-même, car elle y est masquée par les nappes piémontaises de schistes lustrés.
Du point de vue purement lithologique la bande d'Acceglio - col du Longet se singularise en ceci que le soubassement des anagénites y affleure souvent assez largement, ce qui laisse même voir une lame de socle anté-alpin. Comme dans la bande du Roure le caractère ultrabriançonnais des unités s'y fait plus accusé des plus externes aux plus internes.
Ces unités sont, de bas en haut (fig.10 et 11) :
- L'Unité inférieure d'Acceglio, comparable à celle du Roure car également caractérisée par la présence d'un Trias calcaréo-dolomitique. Celui-ci est en fait amputé (tectoniquement ?) de ses termes supérieurs et n'est conservé que localement et d'une façon assez fragmentaire sous les unités plus élevées. Cette unité ne se possède donc pas vraiment le type ultrabriançonnais qui caractérise la "zone d'Acceglio". Elle constitue le coeur de l'anticlinal de nappes d'Acceglio et y fait donc figure d'autochtone relatif. Dans la coupe naturelle de la Maira, elle montre de façon remarquablement continue la succession de sa semelle siliceuse, caractérisée par la grande épaisseur et la faible déformation tectonique de ses porphyres rhyolitiques. Plus au N, en Val Varaita, on lui rattache l'Unité de Cruset de même position structurale inférieure.
- L'Unité de Rocca Corna, plus analogue à celle du Monte Maniglia. Elle montre en effet le repos direct du Malm sur des termes plus ou moins bas du Trias carbonaté ou sur la semelle siliceuse (et se rapproche donc beaucoup du type ultrabriançonnais).
Au Sud de la Maira elle est représentée sur les deux flancs de l'anticlinal d'Acceglio, alors qu'au N de la vallée elle n'est présente qu'au flanc W de cet anticlinal où elle constitue les lambeaux discontinus de l'Unité Marchisa - Pence. Du coté E de l'anticlinal sa disparition parait attribuable au jeu d'une importante surface de sectionnement à pendage W qui affecte toute la pile de nappes.
- L'Unité du Pelvo d'Elva, très analogue à celle de Combe Brémond car franchement ultrabriançonnaise : sa couverture est réduite au Malm et au Néocrétacé. Surtout puissante sur le flanc E de l'anticlinal d'Acceglio cette unité est souvent débitée ailleurs en écailles réduites qui ne montrent le plus souvent que sa semelle siliceuse. Celle-ci se caractérise par un fort développement de faciès gneissiques dérivés du complexe volcano-sédimentaire acide.
Au S de la Maira cette unité n'affleure qu'en une bande relativement étroite. Au contraire, au N de la vallée, elle couvre rapidement une surface beaucoup plus large pour constituer à elle seule toute la largeur de la bande siliceuse d'Acceglio, aux abords du col du Longet. Au N de la Maira et en flanc W de l'anticlinal d'Acceglio, on peut aussi lui rattacher l'unité du Buch de Sparviers ainsi que quelques écailles, minces mais montrant parfaitement leur couverture carbonatée ultrabriançonnaise, qui jalonnent la base des nappes piémontaises de schistes lustrés jusqu'aux abords mêmes d'Acceglio.

4. Éléments attribuables aux "écailles intermédiaires"

Aux confins des unités briançonnaises internes et des unités piémontaises on observe souvent la présence de fragments de séries que leurs caractéristiques (type de succession, absence de continuité longitudinale) ont conduit à rapporter à des "Écailles intermédiaires" (voir le chapitre "Structure d'ensemble et paléogéographie"). Dans le cadre de la feuille les affleurements que l'on peut envisager d'assimiler à ce groupe d'unités se répartissent entre les deux types de séries reconnus ailleurs, savoir :

- des séries typiquement ultrabriançonnaises (du type "Acceglio sensu stricto"). Elles sont représentées sur la carte par un seul témoin, constitué de matériel essentiellement siliceux, qui affleure en rive droite du vallon Albert, entre la Crête du Rissace et le col Albert (limite N de la carte, au NE de Maurin). En fait cette lame, qui se biseaute vers le N, constitue très vraisemblablement (fig.9) l'extrémité septentrionale de l'unité ultrabriançonnaise de Combe Brémond, masquée entre la vallée de l'Ubaye et le col Albert par l'unité à série classique de La Chapelue-Rasis (actuellement renversée sur elle).

- des séries à brèches. Les brèches de ces séries, souvent grossières et chaotiques (olistostromes), sont essentiellement alimentées aux dépens du domaine Briançonnais (et spécialement de sa semelle siliceuse, parfois "reconstituée" en pseudo-quartzites et pseudo-micaschistes). Elles résultent donc, sans doute, d'éboulements de talus sous-marins aux dépens de secteurs de la zone ultrabriançonnaise surélevés par la tectonique crétacée. On doit ranger dans ce deuxième groupe :
.-. L'Unité de la Cula. Elle est intercalée dans les unités typiquement piémontaises de la région du col du Longet, peu au dessus du toit des unités ultrabriançonnaises. Elle est essentiellement formée de calcaires, avec une base constituée par les puissantes mégabrèches du Longet. La présence, dans cette unité, d'un lambeau d'ophicalcites (qui affleure peu au delà de la limite N de la feuille) porte à y voir un élément de situation assez particulière ni franchement briançonnaise ni piémontaise.
.-. La série de L'Alpet. Elle affleure surtout au S. de la vallée de l'Ubaye (en rive gauche du ravin de l'Alpet, mais non au sommet de l'Alpet...), en marge E de la bande du Roure, au toit de l'Unité de Combe Brémond, avec laquelle elle est renversée. En fait il n'est pas certain qu'elle soit allochtone par rapport à ce soubassement ultrabriançonnais dont elle semble constituer, plus simplement, les termes stratigraphiques sommitaux (et dont elle n'a pas été séparée structuralement ni sur la carte ni dans les schémas structuraux). Au N de l'Ubaye elle affleure encore à la limite N de la feuille (Crête du Rissace) puis se poursuit de façon plus discontinue, cette fois sous forme d'un chapelet d'écailles, sur la feuille Guillestre, en direction du Col Izoard.
.-. Les séries du revers E de l'anticlinal d'Acceglio-Longet, qui affleurent au toit (renversé) de l'unité du Pelvo d'Elva et ont été rattachées à cette dernière.

 

suite :
2. LA ZONE PIÉMONTAISE
3. LES NAPPES DE L'EMBRUNAIS-UBAYE
VUES GÉNÉRALES

DOCUMENTS ANNEXES (Métamorphisme, hydrogéologie, etc...)



aperçu structural général sur le
massif d'Escreins
aperçu structural général sur le massif de Chambeyron au sens large
aperçu structural général sur les chaînons de
rive droite de l'Ubayette
aperçu structural général sur les chaînons de la Haute Maira
pour approfondir les problèmes de ce secteur consulter l'aperçu structural général sur la zone briançonnaise méridionale

FIN DE LA PAGE :
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