Le Roignais

la crête majeure de la rive droite de l'Isère à la latitude de Bourg-Saint-Maurice

Le sommet du Roignais (2995 m.) est le point culminant des crêtes de rive droite de la moyenne Tarentaise qui sont mitoyennes, en amont d'Aime, avec le Beaufortain oriental (ce sont elles qui constituent le fond de tableau que l'on a depuis les stations de La Plagne et de Peisey, en rive gauche de la vallée de l'Isère).

Du côté occidental il est séparé par le profond ravin d'Ormente du massif de Portette, qui s'élève, en passant par la Pierra Menta, en direction du lac et des crêtes de Presset. Du côté oriental ils s'abaisse au contraire par une zone à relief désordonné qui porte les petits sommets du Roc de l'Enfer et les lacs de la Forclaz, qui s'intercale entre sa crête et le vallon de Charbonnet : ce dernier, orienté vers le SE le sépare alors du chaînon de la Terrasse. Il se connecte d'ailleurs avec ce dernier par l'intermédiaire de la crête SW-NE qui est déterminée par l'entaille de la Combe de la Neuva : cette dernière est orientée presque orthogonalement aux deux crêtes du Roignais et de La Terrasse et les sépare du chaînon du Grand Fond.

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Le groupe montagneux du Roignais vu du sud, depuis le sommet du Mont Jovet
ØrE = chevauchement de l'unité du Roc de l'Enfer ; f.Te = faille de La Terrasse ; d.rT = décrochement de la Roche à Thomas (interprétation nouvelle, inédite, voir page "Roche à Thomas")
hrcg = conglomérats du Grand Châtelet (Stéphanien ?).

1/ La crête principale du Roignais, au sud de la Pointe de Combe Neuve, est très rocheuse et orientée N-S s'abaisse longuement vers la vallée de la Tarentaise. Elle est presque intégralement sculptée dans le flysch de Tarentaise, dont les alternances calcaréo-schisteuses pendent dans l'ensemble fortement vers l'est et coupent la crête en dessinant une succession de becs rocheux. Vers l'extrémité méridionale de sa partie rocheuse, au sud de la Pointe de Plovezan, elle est traversée par une surface de chevauchement qui fait s'enfoncer ce flysch sous des terrains houillers.

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L'extrémité méridionale du chaînon du Roignais vu du sud-ouest, depuis le Mont Rosset (échine sud, alt. 2370).
u.R = unité du Roignais ; ØrE = chevauchement de l'unité du Roc de l'Enfer (u.rE) = front de la zone houillère briançonnaise) ; f.Te = faille de La Terrasse ; d.Ch = décrochement du Châtelet ; d.rT (?) = décrochement de la Roche à Thomas (prolongement vraisemblable, voir page "Roche à Thomas") ; z.hB = zone houillère briançonnaise proprement dite.
hrcg = conglomérats du Grand Châtelet (Stéphanien ?) ; hrg = houiller supérieur à prédominance gréseuse (unité du Roc de l'Enfer) ; hr = houiller non différencié (faciès à prédominance schisteuse en général).

Mais ces affleurements paléozoïques sont de nature un peu différente de ceux de la véritable zone houillère, plus gréseux et incluant des niveaux très riches en conglomérats et surtout ils s'enfoncent par chevauchement sous cette dernière. D'autre part ces couches se poursuivent dans le versant oriental du Roignais (voir la page "Bourg-Saint-Maurice") et y supportent des terrains post-triasiques (Lias et Jurassique) dont les faciès évoquent plus le domaine des flysch de Tarentaise que celui du Briançonnais : on les considère donc comme formant une unité du Roc d'Enfer rattachée au premier de ces domaines et qui se prolonge loin vers le SW (jusqu'en aval d'Aime en rive gauche de l'Isère, cf page "Brides").
C'est seulement à partir du dôme de Vaugelas (borne cotée 2217) que l'on rentre vraiment dans le domaine de la zone houillère briançonnaise (page "Grand Châtelet")
.

2/ La crête de la Nova court en biais à l'ouest la crête principale du Roignais, à laquelle elle se connecte au niveau de la Pointe de la Combe Neuve.

Cette crête est en grande partie constituée par le soubassement stratigraphique du flysch de Tarentaise, dont la succession (quartzites, calcaires et dolomies triasiques) a un cachet briançonnais bien caractérisé. Ces couches, au moins aussi redressées que celles du flysch, dessinent au sud de l'Aiguille de la Nova (à la Pointe de Gargan) un mouvement anticlinal, d'axe fortement plongeant vers le sud, qui est orienté tout-à-fait en biais par rapport au fond de la Combe supérieure d’Ormente et à la cassure (faille des Chapieux) que suit cette dernière.

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Le chaînon du Roignais vu du sud-ouest, depuis le col de la Charbonnière.
ØCh = faille des Chapieux : cette cassure, jalonnée de pointements de cargneules, sépare l'unité de Moûtiers de celle du Roignais et a été considérée comme la surface de chevauchement de l'unité du Roignais.

L'Aiguille de la Nova est séparée du Chaînon du Grand Fond par le col du Grand Fond qui fait communiquer le vallon pierreux de la Combe de la Neuva au nord avec celui d'Ormente au sud. Le tracé de ces deux vallons alignés correspond au prolongement méridional d'une importante dislocation, la faille des Chapieux (voir la page "Chapieux").

Cet accident correspond, pour les auteurs qui ont analysé et cartographié ce secteur, à la limite entre l'Unité de Moutiers (à l'ouest) et l'Unité du Roignais (à l'est). Il est pourtant difficile d'y reconnaître la géométrie d'une surface d'imbrication entre deux nappes, surtout si l'on considère ici la manière dont le tracé de cette cassure tranche en biais les plis de ces deux unités tectoniques juxtaposées.
Il est beaucoup plus satisfaisant d'y voir une cassure presque verticale, extensive ou coulissante, ayant joué postérieurement à la tectonique compressive responsable de ces plis.


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Le versant sud du col du Grand Fond, vu du SW, depuis le col de la Charbonnière.
a.P = anticlinal de Portette ; s.P = synclinal de Presset (repli séparant l'anticlinal du Grand Fond de l'anticlinal principal de Portette) ; a.G = anticlinal du Gargan ;
f.cB = faille du col du Bresson ; f.Ch = faille des Chapieux.
La faille des Chapieux coupe en biseau, du côté ouest, le flanc oriental du vaste anticlinal de Portette (à axe presque N-S) et, du côté est, le pli plus secondaire de l'anticlinal de Gargan, déversé vers le S-SW (son axe est dirigé vers la gauche de l'observateur).
D'autre part le bizarre sens de déversement de l'anticlinal de Gargan n'est pas en accord avec un chevauchement vers l'ouest de l'unité du Roignais. Par contre il peut être interprété en considérant ce pli comme un crochon dû au jeu coulissant dextre de la faille des Chapieux.

3/ Au NE de la Pointe de Combe Neuve la crête de l'Aiguille de la Nova reprend son individualité. Jalonnée par la Pointe Motte, la Pointe Noire et la Pointe de Pralognan elle se poursuit vers le NE-SW, jusqu'à la Pointe de la Terrasse, en séparant la Combe de la Neuva du vallon du Charbonnet. Elle est essentiellement armée par les conglomérats basaux du flysch, les quartzites triasiques de leur soubassement étant le plus souvent masqués sous les éboulis de son versant NW.

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Les arêtes septentrionales du Roignais et l'aiguille du Grand Fond vues du nord-est, depuis les pentes méridionales du col du Bonhomme (Plan Vanaro)
ØM = chevauchement de l'Unité de Moûtiers (base de la nappe valaisane du Flysch de Tarentaise) ; ØR = chevauchement de l'Unité du Roignais (u.R) ; f.Ch (en rose) = faille des Chapieux. (voir la page "Chapieux).

Cette Combe de la Neuva, en dépit de son nom, n'a pas du tout les caractéristiques d'une "combe*" au sens jurassien du terme puisqu'il suit un faisceau de fractures, la principale étant la faille des Chapieux. Celle-ci y recoupe d'autre part un chevauchement qui a été considéré comme celui de l'Unité du Roignais car il met à nu les couches les plus anciennes (houiller) du soubassement du flysch de Tarentaise de ce secteur.

Le fait que ce vallon fait assez largement affleurer le soubassement du flysch de Tarentaise permet de constater les caractères de celui-ci :
- d'une part le caractère très briançonnais de la partie permo-triasique de la succession de ce soubassement ;
- d'autre part la rapidité et la brutalité des variations, d'un point à un autre, du détail de la composition de cette succession (par exemple les calcaires triasiques s'effilent rapidement vers le nord de l'Aiguille de la Nova, sous la transgression des couches de base du flysch).

Cela porte à conclure que ce soubassement du flysch de Tarentaise avait subi des dislocations et des érosions avant de devenir au contraire, au Crétacé supérieur, un domaine assez déprimé pour recevoir une sédimentation par avalanches sous-marines (c'est-à-dire des dépôts de type "flysch"*).

[ 4/ La structure du revers oriental du Roignais, jusqu'au ravin de Charbonnet et aux pentes dominant Bourg-Saint-Maurice est analysée à la page "Roc de l'Enfer"].


voir l'aperçu général sur le Beaufortain oriental
carte géologique au 1/50.000° à consulter : feuille Bourg-Saint-Maurice.

Carte géologique simplifiée du Beaufortain oriental, entre Cormet d’Arêches et Bourg-Saint-Maurice
redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M. Gidon (1977), publication n° 074.

Grand Fond

Cormet de Roselend

La Terrasse
Pierra Menta LOCALITÉS VOISINES Roc de l'Enfer

Portette ; Mont Rosset

Grand Châtelet

Bourg-Saint-Maurice
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